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Ce qu’on rate d’avoir une Bourse atrophiée

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le 23.04.18 | 12h00 Réagissez


Depuis des années, pour ne pas dire des décennies, on débat et on ré-analyse ce qui se passe dans le domaine boursier dans notre pays. Les experts, les citoyens et les pouvoirs publics disent à peu près la même chose.

On parle souvent de la nécessité de dynamiser la place boursière, qui reste parmi les plus pauvres du monde en capitalisation boursière, en nombre d’entreprises cotées et en volume d’échanges journaliers. On a toujours un nième plan pour la stimuler et en faire une place active qui joue convenablement son rôle dans l’économie nationale. Il y a plusieurs phénomènes économiques et sociaux qui expliquent ses faibles performances et l’Etat n’ est pas l’unique responsable du très lent développement de la place boursière.

La faiblesse de la place boursière pèse de tout son poids sur la compétitivité de nos entreprises. La structure financière et la disponibilité des capacités de financement jouent un rôle important dans la taille et la croissance des entreprises. Sans l’élargissement du potentiel de financement, on ne peut pas atteindre la taille critique susceptible de permettre à la firme d’être mondialement compétitive.

Les spécialistes diront «on va se loger dans une mauvaise position au sein de la courbe d’expérience». Dans le monde moderne, dans la plupart des activités, rester petit c’est s’exposer à des risques importants de marginalisation et de disparition. Alors, les entreprises qui boudent la Bourse pour plusieurs considérations, ne savent pas qu’elles se mettent en danger sur le long terme. Nous perdons également en termes de gestion macro-économique du fait que nous ne disposons pas d’une place boursière représentative de l’ensemble des agents économiques productifs.

Rôle et Place de la Bourse en économie

En premier lieu, la place boursière est surtout disponible pour faciliter et promouvoir l’acte d’investir. C’est un marché d’achats et de ventes d’actions et d’obligations entre les investisseurs et les entreprises. Les hommes d’affaires seront d’autant plus incités à investir lorsqu’il y a un marché où ils peuvent vendre leurs titres d’investissements pour en acheter d’autres ou améliorer leurs consommations en cas de besoin. La Bourse rend donc les investissements plus liquides et permet de tranquilliser les agents économiques, car, au besoin, ils peuvent vendre leurs investissements pour faire face aux aléas de la vie.

Le fait d’avoir une Bourse aux activités très limitée pénalise grandement l’économie du pays et les managers d’entreprises. Nous sommes en économie globalisée et tout le monde est exposé directement ou indirectement à la concurrence nationale et internationale. Ainsi, les entreprises ne ménagent aucun effort pour améliorer le rapport qualité/prix de leurs produits et services afin de demeurer actifs sur les marchés. La structure financière de l’entreprise lui confère des avantages ou des handicaps qui influent sur sa compétitivité.

L’ économie a besoin d’une Bourse pour sa gestion macroéconomique. La Bourse figure parmi les indicateurs macroéconomiques avancés. Elle est comme une boule de cristal où on peut lire l’avenir de l’économie. Bien sûr cela fait partie des outils de prévisions, qui sont plus ou moins efficaces selon les pays. Ceci signifie que les cours boursiers (prix des actions) grimpent sur une longue période, ceci présage d’un futur économique radieux.

Cela implique que les investisseurs sont confiants en l’avenir des entreprises et de l’économie du pays. Les entreprises peuvent donc émettre de nouvelles actions pour financer leurs plans stratégiques, se développer et s’améliorer. Si, par contre, la tendance sur le moyen terme est à la baisse, ceci signifie que les investisseurs sont méfiants. Ils veulent vendre et non investir dans cette économie. Ils veulent prendre des risques ailleurs.

Cela implique qu’à moyen terme, l’économie va connaître une stagnation avec ses conséquences néfastes sur la production et l’emploi. Cela donne une indication aux décideurs économiques d’agir. On va alors injecter du pouvoir d’achat dans l’économie pour corriger la récession (baisse de l’activité) avant son apparition. La Bourse permet donc à un pays de vacciner à l’avance son économie pour l’empêcher d’être gravement atteinte dans le futur. Les crises seront donc bénignes si on utilise les informations boursières pour lisser les fluctuations économiques.

Au Niveau Micro-économique

On voit donc que l’on perd énormément au niveau macroéconomique pour ne pas avoir une Bourse représentative de l’activité économique. Certes, l’économie algérienne hors hydrocarbures est atrophiée par rapport au potentiel énorme dont elle dispose. Mais la Bourse est également amoindrie par rapport au nombre d’entreprises susceptibles de l’intégrer. Tout le monde doit consentir des efforts pour la dynamiser : aussi bien l’Etat que les managers d’entreprises. On gagne beaucoup en management d’entreprise à disposer d’une Bourse représentative et efficace. Elle permet de mettre de la pression sur les managers pour améliorer leurs opérations et leurs décisions.

En effet, une Bourse significative fournit indirectement des informations à ses actionnaires sur la qualité du management. Si une entreprise voit les cours (prix de ses actions) baisser sur une longue période, ceci est un premier indicateur que sa gestion n’est pas aussi bonne que celle de ses concurrents. Les investisseurs la jugent mal. Ils n’ont pas confiance en son avenir. Les actionnaires vont donc prendre des mesures pour améliorer la situation. Certes, la Bourse n’est pas le seul indicateur managérial, mais c’est un outil essentiel.

On se prive donc de trop de choses en laissant la Bourse comme elle l’est. Au niveau macroéconomique, on se dépossède d’un outil qui nous aurait permis d’anticiper des crises pour les traiter avant leur apparition.

Au niveau micro-économique, on se prive d’un outil qui met de la pression sur les managers et qui informe les actionnaires sur l’opinion de leur environnement sur la qualité managériale de leur entreprise. Il y a trop d’enjeux importants à considérer qui incitent à prendre des décisions pour dynamiser la place boursière.

Certes, nous avons des entreprises familiales qui sont jalouses du contrôle des décisions au niveau de leurs entités. Mais ils peuvent garder le contrôle en se finançant en partie à travers la Bourse.

On peut utiliser la structure des taxes, l’accès au crédit, etc. pour pousser les entreprises à s’ouvrir, ne serait-ce que pour une fraction minoritaire du passif. Les entreprises publiques peuvent donner l’exemple en se cotant en grand nombre. Il nous faut un plan d’urgence pour dynamiser cette institution indispensable à la construction d’une économie diversifiée hors hydrocarbures.

Abdelhak Lamiri
 
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