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Ce que révèlent les indicateurs des performances économiques

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le 11.12.17 | 12h00 Réagissez


Les analystes, les pouvoirs publics et les citoyens ont les yeux rivés sur une poignée d’indicateurs économiques. Les paramètres tels que la croissance économique, le chômage, et l’inflation sont scrutés, analysés et débattus. Cela doit être le cas, car ces indicateurs ont des répercussions directes sur la vie des citoyens.

La croissance économique nous indique si le bien-être se répand rapidement au sein du pays ou s’il y aurait une quelconque stagnation économique. Aujourd’hui, avec une population qui croît au rythme de 2,4% par an et une croissance économique de l’ordre de 3,5%, on est plus proche de la stagnation que de la diffusion du bien-être économique.
Mais suivre cet indicateur avec une régularité exemplaire se justifie donc et permet de se faire une idée de la marche de notre économie. De même que pour l’évolution des prix (inflation). Malgré sa volatilité, elle demeure sous la barre des 8% depuis longtemps. Pour le moment, elle ne constitue pas une menace majeure pour le pays.

Le taux de chômage est aussi régulièrement analysé et commenté. Si les statistiques étaient fiables, elles constitueraient un bon indicateur du marasme social. C’est le fléau n°1 des économies modernes. Très peu de pays ont réussi à l’éradiquer. Mais de nombreux développements très intéressants eurent lieu dans le monde concernant ce phénomène. Des pays comme l’Argentine et l’Australie ont entrepris des expérimentations très prometteuses. L’Etat achète une grande partie de l’offre de main-d’œuvre des chômeurs pour les utiliser dans des entreprises spécifiques dans des travaux d’utilité publique que le marché n’a pas considéré comme rentables : reboisement, expérimentations agricoles, assistance aux personnes dépendantes à domicile, nouvelles énergies, etc. Un chômeur est donc assuré de pouvoir travailler et dispose d’un salaire qui lui permet d’attendre d’être affecté à un emploi définitif dans le secteur productif. Les conséquences sociales néfastes du chômage sont grandement réduites.
 

Mais cela est-il suffisant ?

Ces indicateurs primaires sont donc utiles et importants. On doit continuer à les analyser et suivre leurs tendances. C’est ce que l’on fait jusqu’à présent. Cependant, il faut comprendre deux choses. Premièrement, ces indicateurs ne sont que des conséquences de décisions prises ou de développements internationaux qui dépassent la bonne volonté ou l’efficacité des décisions prises. Entre 2004 et 2013 ces indicateurs étaient excellents dans notre pays. Cela ne signifiait pas que nous avions une économie solide et prospère. Nous avons vécu largement au-dessus de nos moyens parce que la situation internationale était favorable et les prix des hydrocarbures dépassaient les 130 dollars. On voyait donc une croissance économique tirée par les hydrocarbures et les ressources qui y sont dérivées et injectées dans l’économie pour moderniser des infrastructures. Les indicateurs étaient bons, mais l’économie était-elle solide  ? Comment alors juger de son efficacité et de sa capacité à améliorer le bien-être des citoyens sur le long terme ? Car c’est de cela qu’il s’agit : la pérennité de l’amélioration et les capacités de résilience de l’économie.

Les indicateurs présentés sont donc des symptômes et non des causes. Ils nous disent si la situation évolue convenablement ou pas à court terme. Ils sont muets sur les caractéristiques de la pérennité du bien-être ou sa fragilité. On ne sait pas si le développement est durable ou pas et pourquoi on est dans cette situation. Ils ne permettent pas de faire de la prospective économique et de juger en profondeur de la solidité des fondamentaux économiques. Ce sont des indicateurs symptomatiques qui ne permettent pas de révéler les causes profondes d’un malaise ou d’un bien-être. Un analyste qui désire approfondir l’investigation ira plus en profondeur en décortiquant d’autres paramètres plus féconds. Par exemple, l’analyse de la productivité humaine ou celle du capital permettent de dire avec quelle efficacité l’économie utilise les ressources à sa disposition. Considérons la productivité humaine. Simplifions le concept en le définissant comme la production par personne employée dans notre pays. On prend la production nationale et on la divise par le nombre total de personnes employées en Algérie (secteur public et privé).
Les symptômes et les révélateurs

Si la productivité humaine s’améliore considérablement (plus de 1,5% par an) on devient optimiste. Chaque Algérien produirait alors chaque année plus de 1,5% par rapport à ce qu’il a produit l’année précédente (en considérant le capital constant, mais là c’est une discussion technique et j’éviterais les détails). Or, si on considérait uniquement cet indicateur plus révélateur, on trouverait que durant les vingt dernières années, la productivité a fluctué entre -0,5 et + 0,5%. C’est-à-dire qu’elle a pratiquement stagné (malgré des investissements lourds en capital). Lorsqu’un pays a une productivité nulle ou stagnante à un faible niveau de développement, sa situation économique est inquiétante. Certes, le CNES avait alerté les pouvoirs publics par le passé sur la faiblesse de la productivité. Mais il n’y avait aucune suite et les pouvoirs publics se sont très peu inquiétés de la situation. Une des explications possibles serait que cet indicateur est très rarement, pour ne pas dire presque jamais, commenté par la presse nationale et les analystes. Il demeure donc un indicateur dans l’ombre. Et pourtant, il est d’une formidable utilité.

Il y a beaucoup d’autres indicateurs puissants qu’on analyse très peu. C’est dommage parce qu’ils sont d’une utilité considérable et peuvent mieux révéler les forces ou les vulnérabilités de l’économie nationale. Il serait important de leur consacrer plus de temps et de ressources. Nous allons développer les plus importants ultérieurement comme l’entrepreneurship (le nombre de créations d’entreprises, les ratios de compétitivité internationale, la recherche et le développement, le niveau des qualifications humaines et le reste). Mais si la productivité stagne ou régresse, alors que l’investissement en capital s’accélère, nous avons donc un sérieux problème d’efficacité économique. Les économistes ont un terme technique pour cela, «la productivité marginale des facteurs décline». Ce phénomène apparaît dans toutes les recherches nationales ou internationales sur l’économie algérienne. Très peu d’attention lui est consacrée. On fait comme si le problème n’existait pas. Tout simplement parce que les journaux et les analystes en parlent peu. Alors que c’est un puissant indicateur de la force des fondamentaux d’une économie ! En attendant, on va continuer à décortiquer des indicateurs utiles mais peu révélateurs.
 

Abdelhak Lamiri
 
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