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Crédits, compétitivité des entreprises et diversification économique

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le 02.04.18 | 12h00 Réagissez


Deux objectifs macroéconomiques constituent en cette période de crise des priorités de politiques publiques. Il s’agit de booster les exportations tout en créant conjointement une économie hors hydrocarbure diversifiée et compétitive. L’idée étant que parallèlement au développement des exportations, l’activité de substitution aux importations prend également de l’ampleur.

S’il est admis qu’il est plus facile de substituer aux importations que d’exporter, les deux activités nécessitent des fondamentaux solides et des entreprises qui améliorent sans cesse le rapport qualité/prix de leurs produits et services. Pour le moment, la substitution aux importations semble beaucoup plus prometteuse pour notre économie nationale que les exportations. Ces dernières tardent à s’améliorer significativement. Il y a plusieurs raisons qui expliquent cela. Mais à regarder de près les modes de financement des entreprises, nous pouvons entrevoir quelques causes fondamentales sur lesquelles nous pouvons agir pour booster la production nationale.

Il ne faut pas que les améliorations de la balance des paiements des premiers mois de 2018 nous incitent à réduire nos efforts en vue d’améliorer les équilibres extérieurs pour le futur. Une proportion de l’amélioration provient du redressement des prix des hydrocarbures, mais l’essentiel découle de mesures du commerce extérieur qui commencent à produire des effets significatifs.

Cependant, on ne sait pas si ces résultats sont durables ou passagers. Mais lorsqu’il y a des résultats positifs il faut les relater, les expliciter, les comprendre pour en tirer profit. La question centrale à laquelle nos décideurs font face est : pourquoi les entreprises n’investissent pas rapidement les créneaux livrés aux importateurs par des investissements massifs, vu l’encouragement des pouvoirs publics de la production nationale ? Il y a plusieurs pistes liées à cette réflexion. On sait que la dure réalité est différente de l’histoire embellie préconisée par les pouvoirs publics.
Les caractéristiques financières,

En partie responsable

Il y a plusieurs raisons qui expliquent le peu de dynamisme des entreprises privées à s’emparer de marchés pourtant pas très développés technologiquement. Mais il faut faire la part des choses. Nous avons des dizaines d’entreprises privées très dynamiques et qui sont devenues des symboles de ce que peut être l’économie nationale une fois libérée du joug de la bureaucratie. Malheureusement, ce nombre n’ est pas suffisant pour changer radicalement la cartographie des secteurs productifs nationaux. Par ailleurs, les contraintes sont nombreuses et variées et on évoque depuis de longues années la même litanie d’obstacles.

Nous allons considérer une seule difficulté majeure au développement des entreprises, surtout privées, tout en sachant que de nombreux autres repoussoirs existent : l’aspect financier. Nous gagnerons à mieux appréhender la logique de fonctionnement des entreprises plutôt que de se blâmer réciproquement sans résoudre un quelconque problème. La dynamique d’évolution des entreprises exige de nombreux équilibres dans ses diverses fonctions. La fonction finance requiert également un nombre impressionnant d’équilibres.

Les financiers savent qu’il faut un niveau de financement adéquat à crédit pour assurer sa solvabilité et son développement. Les entreprises industrielles mondiales sont fortement financées par divers types de crédits, généralement la proportion se situerait entre 70 à 80%. Il y a plusieurs avantages à se faire financer par des crédits extérieurs (l’effet levier). Nous n’allons pas citer tous les avantages.

On considère d’ailleurs une entreprise non endettée comme une entreprise mal gérée. Les raisons sont multiples. Celle qui nous intéresse le plus dans ce contexte est la capacité à se développer. Une entreprise peu ou pas endettée développe moins de nouveaux projets, créée moins de filiales et au final elle s’abstient de booster l’emploi, la production nationale et donc la substitution aux importations. La plupart de nos entreprises privées sont peu ou pas endettées du tout. Nous avons besoin de plus de données sur la question, mais les comparaisons internationales permettent de situer que nos entreprises privées sont parmi les moins endettées.                               

Causes et remèdes

La faiblesse de l’endettement de nos entreprises les pénalise. Une entreprise peu endettée est beaucoup moins rentable qu’une entreprise qui travaille avec l’argent des autres acteurs économiques. Une bonne entreprise applique exactement à la banque ce que cette dernière fait pour ses clients. La banque rémunère les dépôts à 4% par exemple et prête ces sommes à 10%, à titre indicatif. Elle s’accapare la différence (6%) pour payer ses charges et faire des profits. La banque profite également du fait qu’elle crée de la monnaie (nous allons éviter cette partie technique). Une entreprise bien gérée va emprunter auprès de sa banque à 10%, par exemple, et investir cet emprunt dans des projets qui ramènent 18% de rentabilité. Elle paye la banque (10%) et garde la différence (8%) pour elle.

Ces 8% vont améliorer la rentabilité de ses capitaux propres. Elle peut financer avec ces gains d’autres projets, améliorer les salaires ou booster son innovation. Le fait que nos entreprises travaillent peu avec les crédits les pénalise grandement. Elles ne peuvent rivaliser avec les firmes internationales dont les financements seront plus bas (les coûts du crédit sont plus favorables que les exigences de rentabilité des fonds propres).

Le constat le plus important que l’on puisse faire est que nos entreprises peu ou pas endettées sont plus vulnérables, moins rentables et nécessairement moins dynamiques que la compétition. Certes, l’endettement a des limites. Une entreprise financée à 98% par les dettes risque d’un moment à l’autre de disparaître. Mais avoir un financement de 7% du passif est également une terrible défaillance. Deux raisons majeures expliquent cette faiblesse.

La première a trait au mode de fonctionnement de notre secteur bancaire décrié depuis des décennies et dont les améliorations demeurent insuffisantes. La seconde est liée au fait que de quelques privées sous-déclarent et donc, selon les documents officiels, la banque ne peut octroyer que des montants de crédits insuffisants. Par ailleurs, nos privés ne veulent pas que des organismes extérieurs aient un droit de regard sur leur mode de gestion. Ceci fait que les mécanismes de financement mettent nos entreprises en situation très défavorable en affaiblissant leur potentiel compétitif.
 

Abdelhak Lamiri
 
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