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Globalisation : est-ce le début de la fin ?

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le 21.05.18 | 12h00 Réagissez


Les théoriciens de l’économie, surtout les libéraux, ont toujours promis que le libre-échange allait généraliser le bien-être au sein des toutes les nations participantes. Même les pays en voie de développement verraient le processus de rattrapage accéléré par un certain nombre de mécanismes automatiques.

Il suffirait d’adhérer au programme de libéralisation économique pour voir s’installer une ère de prospérité globale qui va profiter à tout le monde. Nous parlons de la version extrême du libéralisme, qui a commencé à diriger le monde depuis le milieu des années soixante-dix. Auparavant, on avait comme modèle de référence des économies mixtes qui acceptent une grosse dose d’intervention publique et dont des secteurs économiques productifs (minoritaires) œuvraient côte à côte auprès des grandes entreprises privées. Les économies se libéralisaient conformément aux nouvelles doctrines économiques parrainées par Hayek, Friedman et tous les adhérents aux préceptes de l’école de Chicago.

Les courants ultralibéraux ont fini par s’infiltrer au sein de nombreux partis de droite et même à influencer considérablement les partisans de l’économie mixte, comme Tony Blair et Clinton. Mais les adeptes invétérés, comme Thatcher et Reagan, avaient mis en application les orientations les plus dures de cette école, comme la privatisation, la diminution du périmètre de l’Etat et le démantèlement des programmes sociaux.

Les institutions internationales avaient repris les credos libéraux et essayèrent de les imposer même aux pays les plus pauvres et dont le tissu institutionnel est complètement disloqué. C’était l’ère du «Consensus de Washington» imposé par les institutions internationales telles que le FMI et la Banque mondiale.

La fin de l’histoire ?

Lorsqu’en novembre 1989 le monde assista abasourdi à la chute du Mur de Berlin, il était clair que l’ultralibéralisme avait remporté une large victoire. Cet événement venait de confirmer que le «socialisme marxiste» n’était pas une alternative crédible pour de nombreuses raisons. La réalité avait tranché. Malgré quelques réussites sectorielles économiques et technologiques, le socialisme avait montré ses limites en tant que système supposé libérer l’être humain des jougs de l’exploitation et de l’oppression.

Le système avait secrété ses propres méthodes d’exploitation et d’oppression. On disait à l’époque : «Le capitalisme c’est l’exploitation de l’homme par l’homme.» Mais le socialisme c’est le contraire. Le socialisme s’est disqualifié au moment de l’apogée de l’ultralibéralisme, mais ce dernier est-il pour autant la solution aux maux que connaissent beaucoup de nations ? Il y avait des gens qui le croyaient dur comme fer. Francis
Fukuyama écrivit un livre best-seller La Fin de l’Histoire, qui expliquait que l’humanité avait définitivement trouvé sa voie et que toute autre alternative serait improbable.

Selon cette théorie, l’humanité ira progressivement vers la résolution des conflits et des contradictions économiques. Nous aurions trouvé notre chemin car les différentes monarchies et dictatures allaient progressivement se démocratiser. L’histoire toucherait à sa fin et allait s’ouvrir une ère de paix globale et de prospérité généralisée. Il y aurait au passage des frictions, des conflits, des récessions, mais tout rentrera lentement dans l’ordre.

Mais presque deux décennies plus tard, les constats sont sans appel sur les deux plans : politique et économique. Les conflits armés se sont répandus avec peu de possibilités de les voir résolus à moyen terme. L’apparition de «Chaos States», pays à situation chaotique, type Somalie, se généralise, surtout au Moyen-Orient. On voit surgir également des formes de «démocratie autoritaire», où sous couvert de processus «démocratiques» de nombreux pays continuent à gérer des dictatures sous-déguisées.
Un constat économique sans appel

Sur le plan économique, le libéralisme extrême a échoué sur tous les plans. Tout d’abord au niveau de la croissance économique qui est l’indicateur fétiche des économistes libéraux. Les années d’économie mixte eurent un taux moyen annuel de croissance supérieur d’au moins 1,6% et un taux de chômage inférieur de plus de 1,3%. De même, pendant la période d’économies mixtes (1945-1975) les inégalités reculaient et étaient de loin inférieures à la période présente qui les voit s’accentuer. Sur tous les plans, la situation était de loin meilleure et s’améliorait beaucoup plus rapidement qu’actuellement. Si on ajoutait à ce tableau déjà sombre la situation de l’environnement et l’extrême financiarisation des économies, il ne fera aucun double que de fortes zones de turbulences nous attendent. La fin de l’histoire n’est pas pour bientôt, à moins que l’on ne parle d’une apocalypse suite au dérèglement climatique.

Mais la remise en cause de la globalisation vient d’avoir lieu dans le pays qui l’a le plus initiée : les Etats-Unis. Lorsque les règles du jeu ont commencé à produire un nouveau gagnant (la Chine), il est aisé de les remettre en cause et blâmer le non-respect des prescriptions établies. Le processus de globalisation prend de l’eau de partout. Les résultats sont décevants et sa remise en cause par de grandes nations nous permet de nous interroger sur l’après. En fait, on s’aperçoit qu’on est à la veille d’une nouvelle histoire plutôt qu’à sa fin. Nous entrons dans un nouveau cycle de développements politiques et économiques. Les nouvelles orientations économiques tendent à privilégier les pistes de nouvelles formes d’économies mixtes. Nous en avons les contours, mais pas les détails.

La globalisation a failli, mais rien n’est clair sur le schéma qui va s’y substituer. Nous aurions vécu une autre illusion. Mais beaucoup d’acteurs politiques s’y accrochent encore. Ils vont essayer de faire perdurer encore ce qu’il  reste de la globalisation. Mais le changement sort souvent vainqueur des mouvements de résistance. Seulement, on ne connaît pas avec précision les nouveaux fondements des sociétés post-globalisation.

Abdelhak Lamiri
 
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