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La hantise de la hausse des prix

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le 07.05.18 | 12h00 Réagissez


Chaque année, surtout à l’approche du mois sacré de Ramadhan, les citoyens s’inquiètent du niveau des prix auquel ils seront confrontés.

A chaque fois, les pouvoirs publics assurent que le marché sera alimenté normalement et que cette fois-ci la sempiternelle inflation qui sévit à chaque Ramadhan n’aura pas lieu. Mais comme de coutume, une hystérie générale s’empare du marché, surtout les premiers jours et les prix ne manquent pas de flamber. On peut cependant noter une mini-exception. L’année passée, la hausse des prix des premiers jours fut la plus modérée depuis de très longues années. Cela pose des interrogations. Est-ce qu’on a maîtrisé définitivement les mécanismes de distribution et abouti à une meilleure stabilisation du marché ? Ou est-ce une situation exceptionnelle et nous sommes à peu près sûrs de revivre les mêmes événements durant cette même période de l’année ?

La recherche des causes

Afin de conclure qu’un problème est sous contrôle, il faut le diagnostiquer en profondeur et identifier les causes principales. Il est impossible de mener des investigations approfondies dans un secteur aussi vital en un laps de temps assez court. Mais nous avons eu beaucoup de travaux académiques (mémoires de magistère et thèses de doctorat) qui se sont intéressés à la question. Nous disposons aussi de quelques indications qui nous proviennent des communications des institutions responsables. Le tout nous permet de formuler des opinions approximatives sur l’environnement des circuits de distribution dans notre pays. La situation est complexe dans ce secteur vital.

Une multitude d’acteurs, souvent de taille très modeste, œuvrent dans  cet espace dont l’architecture est souvent le fruit d’un développement historique parfois erratique. Nous notons une caractéristique globalement dominante : le manque de professionnalisme dans ce domaine. D’ailleurs, très peu de programmes de formation dans notre pays s’intéressent à ces activités. Des enseignements dans le domaine du merchandising ou du supply chain management sont rares.
Les circuits de distribution professionnels sont inhabituels et ne sont qu’au début du processus de leur développement. Les vrais super et hyper marchés sont peu disponibles et ne dépassent pas quelques dizaines. Les fonctions de grossistes et de détaillants comptent le plus grand nombre d’opérateurs.

On peut accéder facilement à ces professions moyennant un investissement minimal. Notons que du côté des producteurs, nous avons également une situation ambivalente. En premier lieu, dans de nombreux domaines, nous avons de grandes entreprises qui dominent de nombreuses activités (huile, pâtes alimentaires, produits en boîte, etc.).
Par contre, dans le domaine des fruits, légumes et viandes, nous avons une multitude de producteurs souvent de petite taille. Les rapports de force en matière de négociations sont différents. Lorsque les entreprises sont grandes et disposent d’une solide réputation, elles sont en position de dicter leurs conditions aux multitudes de distributeurs de taille modeste et qui sont éparpillés. Lorsque les producteurs sont eux-mêmes éparpillés et font face à des distributeurs de taille moyenne, ce sont ces derniers qui dictent leur volonté.
 

Les pistes d’action

Nous constatons une chose, que le citoyen ordinaire connaît déjà. La hausse des prix vient rarement de l’industrie agroalimentaire ou des grandes entreprises de production bien établies. Elle existe, mais elle est limitée. Les grosses fluctuations de prix viennent des fruits, des légumes et des viandes lorsque les producteurs sont désunis et où les producteurs de  taille moyenne peuvent imposer leur volonté et, par tradition, orienter les prix à la hausse par des mesures spéculatives. Certes, la demande s’accroît également en certaines périodes comme le Ramadhan. Avec la même masse monétaire en circulation, l’inflation accélère, ceci se justifie par la variation de la vitesse de circulation de la monnaie (le V augmente dans l’équation d’échange).  Mais les activités spéculatives deviennent intenses parce qu’elles sont possibles.

D’ailleurs, le problème du développement de l’agriculture est lié à cette question. Les profits du secteur agricole sont siphonnés par les distributeurs qui les investissent dans l’immobilier et autres. Les agriculteurs profitent très peu des fruits de leur labeur. Nous avons là la raison la plus importante du retard de développement et la faiblesse de la croissance du secteur agricole eu égard aux immenses moyens déployés. Bien sûr que nous pouvons citer de nombreux autres facteurs (propriété des terres, crédits, formation, recherche et développement, gestion des fonds de développement agricole etc.), mais la question de la destination des profits agricole demeure fondamentale.

Puisque l’inflation provient en grande partie d’activités bien précises et bien identifiées, il faut alors concevoir des politiques qui s’attaquent à ces causes profondes. Les inspections menées sont très utiles, mais surtout pour le respect des normes d’hygiène et de sécurité. Elles obtiennent peu de résultats dans le domaine de la baisse des prix. Il y a trois pistes importantes à explorer : en premier lieu, la professionnalisation de la distribution par de nombreux mécanismes : exigences de formation, labellisation des entités plus professionnelles, révision des normes de travail, etc. En second lieu, aider par des crédits et des avantages fiscaux la création de grosses unités de distribution tels les hyper et les supermarchés en vue d’arriver à un management professionnel de ces circuits.

Troisièmement, aider les producteurs agricoles et les éleveurs à constituer des coopératives de distribution afin de tirer profit de leur labeur et réinvestir plus dans leurs activités. Il y a de nombreux détails à régler afin de faire fonctionner harmonieusement ces ensembles. Mais nous avons là les solutions essentielles. En attendant, les citoyens craignent toujours une grosse volatilité des prix pour le prochain mois de Ramadhan. Espérons que l’exception de l’année passée va se reproduire. Mais il y a une forte probabilité que nous assisterons à une autre envolée des prix, ne serait-ce que les premiers jours.
 

Abdelhak Lamiri
 
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