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L’Algérie se cherche un savoir-faire pour les études de faisabilité

Le recours à l’expertise étrangère décrié

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le 11.06.18 | 12h00 Réagissez

 
	L’Algérie importe pour près de 11 milliards de dollars en études de faisabilité, alors que les compétences existent dans le pays
L’Algérie importe pour près de 11 milliards de...

L’octroi de l’étude technique relative à la nouvelle loi sur les hydrocarbures à un bureau d’études américain tel qu’annoncé la semaine dernière par le PDG de Sonatrach, Abdelmoumène Ould Kaddour, remet sur le tapis la question de la place accordée à l’expertise algérienne dans le pilotage des projets et au recours, jugé excessif, à l’expertise étrangère considérée à tort ou à raison comme source de dilapidation des deniers publics.

La question reste posée quant à la disponibilité ou non des compétences locales nécessaires à cet effet, notamment pour des dossiers aussi complexes que celui de la loi sur les hydrocarbures.

Un dossier pour lequel il a été fait appel, selon les informations rendues publiques à ce sujet, à quatre bureaux de consulting spécialisés. L’agence britannique Reuters a cité, faut-il le rappeler, dans ce cadre, Curtis, Mallet-Prevost, Colt & Mosle LLP.

La réforme du cadre réglementaire régissant l’investissement dans le secteur des hydrocarbures se fera donc avec l’appui des étrangers, précisément des Américains. «Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas de compétences en Algérie», a précisé pour sa part le ministre de l’Energie et des Mines, Mustapha Guitouni, s’exprimant sur ce sujet devant le Conseil de la nation.

Pour le ministre, «il est inconvenable que le pays se mette dans une situation d’isolement, car de telles lois requièrent une expérience nationale et étrangère».

Sonatrach avait pourtant commencé depuis 2011 à réduire ses sollicitations auprès des bureaux internationaux, conformément à la décision de l’Etat de 2010, qui avait recommandé dans une instruction signée par Ahmed Ouyahia de promouvoir l’expertise nationale pour éviter des dépenses colossales, puisque ces prestations sont chèrement payées.

Dans une circulaire signée le 21 décembre 2009, Ouyahia avait, pour rappel, instruit les présidents de directoires des SGP, les PDG des entreprises publiques économiques (EPE) ainsi que les directeurs généraux des instituts sous tutelle de «centraliser les études de faisabilité réalisées, réduire le recours aux bureaux d’études étrangers, exiger une déclaration de probité de tout contractant national ou étranger, ainsi que leurs sous-traitants et recourir aux entreprises nationales pour les biens et services produits localement».

Ambiguïté

Comment expliquer ce choix alors ? En réponse à cette question, l’expert en énergie, Kamel Aït Chérif posera une autre question : «Pourquoi avoir recours uniquement à des bureaux d’études américains pour l’élaboration de la nouvelle loi sur les hydrocarbures ?» Il relèvera dans le même sillage que l’expertise algérienne dans le domaine énergétique existe suffisamment.

Cependant, précisera-t-il, «peut-être éventuellement qu’il n’y en a pas assez qui sont spécialisés dans ce domaine bien précis. La question reste posée, d’autant plus qu’à l’international, il existe une multitude de cabinets de consulting et d’experts internationaux spécialisés dans le domaine», résumera-t-il, soulignant qu’on aurait pu éviter cette ambiguïté en lançant un appel d’offres national et international pour l’élaboration de la nouvelle loi sur les hydrocarbures, avec un cahier des charges pour la sélection d’un bureau d’études le mieux-disant. Ces interrogations ne se posent pas uniquement dans le secteur de l’énergie. C’est le cas dans d’autres secteurs où le recours aux consultants étrangers est toujours de mise.

L’Algérie importe d’ailleurs, selon les chiffres rendus publics à ce sujet, près de 11 milliards de dollars en études de faisabilité, alors que les compétences existent dans le pays, selon bon nombre d’observateurs, que ce soit à travers des bureaux de droit algérien, détenus à 100% par des Algériens, ou des cabinets étrangers employant un savoir-faire national.

Quand il s’agit d’études commandées à l’étranger, ces bureaux font appel à des Algériens pour la collecte des données qui vont leur permettre d’accomplir le travail commandé.

«Dans beaucoup de domaines, les compétences existent en Algérie et on peut économiser de grandes sommes en évitant de recourir aux étrangers, sauf pour les segments que l’on ne maîtrise pas totalement», soutient un consultant travaillant dans un cabinet de droit algérien, rappelant tout de même que la règle de la préférence nationale (octroi 25% du marché) est appliquée.
Préférence nationale

En effet, il existe un dispositif réglementaire que les pouvoirs publics ont mis en place afin d’encourager le recours aux produits et services d’origine locale. Il s’agit de l’arrêté du 28 mars 2011, précisant les modalités d’application de la marge de préférence aux produits d’origine algérienne et/ou aux entreprises de droit algérien. Cette marge de préférence nationale s’applique-t-elle à tous les bureaux d’étude algériens ? «Les sociétés de droit algérien détenues exclusivement par des étrangers n’en bénéficient pas.

Par contre, pour les sociétés de droit algérien dont le capital social est détenu en partie par des nationaux résidents, la marge de préférence nationale s’applique au prorata du pourcentage de détention du capital social par les nationaux résidents», nous expliquera Rafik Boussa, Associé Grant Thornton.

Interrogé sur la disponibilité des compétences au niveau local, il nous dira : «Certes, l’expertise nationale ne cesse de se développer pour prendre en charge les besoins de l’économie nationale. Elle s’exporte même à l’étranger, certains cabinets arrivent à exporter leurs services sur les cinq continents.

Néanmoins, nous ne pouvons prétendre couvrir tous les besoins nationaux en matière d’expertises. Il est nécessaire de recourir à l’expertise étrangère lorsque celle-ci n’est pas couverte localement.» Pour notre consultant, le plus important est d’assurer un transfert de savoir-faire à l’occasion de l’intervention de cette expertise étrangère en associant l’expertise locale dans la réalisation des prestations.

«C’est à travers le transfert de compétences que nous pouvons envisager une montée de nos ressources locales», résumera-t-il, recommandant de puiser dans le vivier des expertises des Algériens à l’étranger pour accélérer le développement de l’expertise locale. Un développement déjà enclenché dans le domaine financier, où les besoins sont couverts totalement par des Algériens.

Monopole

Quand des bureaux nationaux sont sollicités pour les services d’expertise, dans la majorité des cas ce sont les mêmes qui raflent les marchés avec des rémunérations colossales arrêtées théoriquement en fonction du temps passé dans le travail et du niveau de l’expert sollicité. Un cabinet d’avocats facture par exemple ses prestations entre 20 000 et 30 000 DA l’heure, selon un expert. D’où l’attrait pour cette activité et l’accaparement de ce créneau par certains acteurs. Le secteur de l’habitat est l’exemple édifiant dans ce cadre. Les architectes s’en sont plaints à maintes reprises, et le ministre, Abdelwahid Temmar, l’a reconnu.

En mars dernier, il a évoqué ce monopole exercé par des bureaux d’études sur la demande publique et s’est engagé à mettre fin à certains privilèges, promettant de faire prévaloir le principe d’égalité dans l’obtention des projets pour les différentes catégories d’architectes. M. Temmar a, en effet, constaté dans le cadre de l’élaboration d’un fichier national des bureaux d’études l’existence d’une domination de cabinets sur un grand nombre de projets urbanistiques, notamment ceux de l’habitat.

Il a même cité l’exemple d’un des bureaux d’études ayant obtenu des projets pour la réalisation de 36 000 logements durant les neuf dernières années. Ce qui ne peut se faire sans la complicité de l’administration. Ce qui ouvre droit à de multiples dérapages et à des malversations.

«Plusieurs projets dérapent tant sur les plans de la qualité que des délais et des budgets alloués, faute, entre autres, d’une bonne gouvernance et des risques», estime d’ailleurs Rafik Boussa, pour qui il est nécessaire de doter les projets complexes de structures dédiées au project management en mesure de piloter les projets afin d’assurer une bonne gouvernance du projet et du management des risques.

Samira Imadalou
 
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