Edito
 

Le temps du jeûne

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le 13.06.18 | 12h00 Réagissez


La longue période de jeûne qui s’achève aura démontré, comme de tout temps, que le travail n’est pas la vertu principale en ce mois sacré censé, de par les textes, booster la productivité. A la lassitude physique et quelque peu morale s’est greffée cette maladie infantile du Ramadhan qui est la surconsommation de produits alimentaires et leur gaspillage insensé. Se sont imposés l’incivisme et l’imprudence meurtrière sur les routes. Il en sera toujours ainsi dans notre société qui sacralise le jeûne public, mais ferme les yeux sur les excès commis en son nom.

La toute dernière est l’agression subie par une jeune femme faisant un jogging durant la journée. S'il y eut cette année peu d’arrestations de non jeûneurs sur la place publique, c’est que, peut-être, les policiers ont retenu la leçon du scandale du Ramadhan dernier lors de leurs interventions musclées dans quelques villes du pays. De tout cela, il faut faire avec tant que le conservatisme religieux est roi et que le désordre social est la règle.

Le Ramadhan ne fait que refléter le niveau de «développement culturel et politique» de l’Algérie : il sera discipliné et tolérant lorsque l’Algérie le sera. Mais il y a quand même un début. Il y a moins de deux décennies, durant les périodes de jeûne, les hordes terroristes jetaient le gros de leurs troupes contre la population et les services de sécurité ont ainsi sacrifié des milliers d’Algériens sur l'autel du «djihad», invention diabolique des semeurs de mort.

Gravé aujourd’hui dans la conscience collective de la nation, le lourd traumatisme de cet épisode a été exacerbé par la politique de réconciliation nationale qui a réhabilité le bourreau et ignoré la victime, contournant cette indispensable quête de «justice et vérité» qui a permis à l’Afrique du Sud de tourner définitivement une sombre page de son histoire. Les Algériens cultivent, depuis, la hantise de la violence, n’hésitant pas à l’exprimer à chaque crise que vit le pays. Ce fut le cas au M'zab, en proie à de fortes violences communautaires élargies à plusieurs régions du Sud contestant leur marginalisation. Les voix séparatistes qui s’élèvent régulièrement en Kabylie ne reçoivent pratiquement pas d’écho, les toutes dernières jetant l’effroi car portant sur la création, à l’appel de Ferhat M’henni, de «milices armées» dans la région.

Le rejet du recours à la violence au sein de la société est tel que les citoyens hésitent même à s’engager dans des conflits sociaux et à entrer en confrontation avec les forces de l’ordre. Exploitant cette peur toute légitime de la population, les autorités n’ont pas hésité à mettre en oeuvre des politiques de remise en cause des acquis sociaux et des restrictions des libertés individuelles et collectives. Le pouvoir politique est amené à se considérer, par une judicieuse propagande, comme la meilleure parade contre les agissements des extrémistes violents, surtout religieux. Il prône l’encouragement de l’islam de Cordoue ou de l’islam de nos aïeux mais dans la pratique, il laisse se développer au sein de la société, à outrance, les idées et les comportements les plus rétrogrades, puisés dans le registre du salafisme version wahhabite.

C’est cette ambiguïté, voire cette hypocrisie qui encouragent le passage à l’acte de fanatiques et font que des périodes particulières telles que le Ramadhan se transforment en moment forts d’endoctrinement au lieu de servir à consolider la foi et la spiritualité chez les individus et à contribuer à forger davantage la citoyenneté, ce dont l’Algérie a le plus besoin actuellement.
 

Ali Bahmane
 
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