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Méga-expo et débat sur le marché de l’art

Création de richesses

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le 12.05.18 | 12h00 Réagissez

Sous l’intitulé «Printemps des arts», le palais de la Culture Moufdi Zakaria a abrité une grande exposition d’arts plastiques ainsi qu’une série de communications sur la question du marché de l’art.

S’achevant aujourd’hui, l’initiative soutenue par le ministère de la Culture se présente comme un «marché de l’art».
L’on se demande de prime abord si l’invocation de cette expression relève du jeu de mots ou de la confusion.

En effet, si le premier sens de «marché» concerne le lieu réel où se déroulent la vente et l’achat, le sens de ce mot dans l’expression «marché de l’art» relève plutôt du lieu théorique englobant l’ensemble des transactions.

On ne peut donc pas «ouvrir» un marché de l’art, et encore moins le décréter. Cette précision mise à part, cette initiative a le mérite de réunir dans un même lieu d’exposition quelque 180 artistes venus de tout le pays. De l’hyper-réalisme à l’abstrait en passant par la calligraphie et le graphisme, une très grande variété d’expressions était visible au sein de cette exposition, qui se clôt aujourd’hui, dans les salles du palais de la Culture.

La sculpture était également présente avec des œuvres étonnantes de créativité et de maîtrise. Le public pourra mesurer l’écart vertigineux entre les modestes (voire désastreuses) sculptures réalisées pour les commandes publiques et les merveilles que créent ces artistes des quatre coins du pays au fond de leur atelier, souvent dans des conditions difficiles.

L’intérêt de cette exposition est justement de montrer ces artistes qui manquent de visibilité, parce que éloignés de la capitale. «Habiter à Alger c’est être près du Bon Dieu», dira en guise de boutade l’artiste Mohamed Bakli de Ghardaïa, lui-même installé à Alger. Pour profiter de cette visibilité d’artistes souvent injustement méconnus, une invitation à été lancée à des hommes d’affaires et autres diplomates pour une visite privée.

Cette visite s’est déroulée lundi dernier et s’est conclue par quelques ventes, a affirmé le plasticien Djaoudet Guessouma, membre de la commission organisatrice, mais aussi par la volonté affichée par certains diplomates d’exposer des artistes dans leur pays. Un bilan de cette manifestation culturelle devrait se tenir aujourd’hui, a annoncé le ministre de la Culture, afin de mettre en avant les réussites et les manques de cette édition. La prochaine édition profitera d’un meilleur soutien et couvrira une plus large partie du pays, a assuré M. Mihoubi.

Autre particularité de l’exposition : la plupart des 500 œuvres exposées sont accompagnées par l’indication du prix, qui peut varier de 40 000 DA à 600 000 DA et plus. Certains esthètes regretteront cette «marchandisation» de l’art. Pour primitif qu’il soit, ce procédé permet pourtant d’avoir une idée des prix pratiqués le plus souvent loin des regards du public.

La manifestation permet en quelque sorte de mettre les pieds dans le plat concernant la question de la valeur marchande des œuvres d’art produites en Algérie. Plusieurs galeries ont d’ailleurs participé en exposant des œuvres de leurs artistes.
Les galeristes sont en effet des acteurs incontournables dans la mise en place d’un marché sur des bases saines.

Si la critique d’art est en crise à travers le monde, elle est quasi inexistante sous nos cieux et manque, en tout cas, de canaux de diffusion dédiés. Ce sont quelques unes des remarques relevées lors des échanges durant la journée d’information sur le marché de l’art, qui s’est tenue jeudi dernier à la salle de conférences du palais de la Culture Moufdi Zakaria. On regrettera au passage l’absence de plusieurs intervenants annoncés. Ces derniers nous apprendront qu’ils n’ont, curieusement, pas été invités.

Le marché algérien doit être mis au diapason du marché mondial. Cela se fera en associant toutes les parties concernées avec le ministère de la Culture, qui jouera un rôle d’accompagnement", telle est la vision esquissée par le ministre de la Culture,

Azzedine Mihoubi. Un objectif ambitieux, surtout au vu des difficultés à la limite de l’absurde que rencontrent actuellement nos artistes. Une des embûches plusieurs fois relevées est qu’il est très difficile de sortir des œuvres du territoire national pour participer à des expositions ou ventes à l’étranger.

Elles sont le plus souvent bloquées au niveau des Douanes, faute d’autorisation du ministère de la Culture. Les artistes sont alors obligés de ruser en roulant les toiles pour les glisser dans les bagages.

Pourtant, devant la raréfaction des acquisitions par les musées et la demande inconstante des acheteurs locaux, la participation à des expositions internationales est une respiration inespérée pour les artistes. Du reste, si l’on veut se placer sur le marché mondial et placer nos artistes sur la scène internationale, il serait nécessaire de commencer par faciliter leur mobilité.

Si l’on parle depuis quelques années de «statut de l’artiste», cette reconnaissance porte pour le moment sur la protection des droits d’auteur et la sécurité sociale. Mais, contrairement, par exemple, à l’artisan, un artiste ne peut pas facturer ses œuvres.

Il reste du chemin sur la voie de la reconnaissance de l’activité artistique comme métier à part entière. Abdelkader Bendaâmache, qui a œuvré à la tête du Conseil national des arts et des lettres pour ces quelques avantages actuels, le reconnaît volontiers.

Côté galeries, d’aucuns ont souligné le manque de transparence dans les rapports entre artistes, galeristes et acheteurs. Mustapha Orif, directeur de la galerie Isma et expert en la matière, a appelé à l’élaboration d’un code de déontologie pour les galeristes. Il reste à normaliser les contrats liant les artistes aux galeries, mais aussi les prix pratiqués.

Les enchères publiques peuvent être un bon moyen en ce sens. Jeter les bases d’un fonctionnement normal du marché de l’art est littéralement une question de «survie» pour les artistes. Elle l’est aussi pour la culture algérienne, car, comme le résume Orif, «La création d’aujourd’hui est le patrimoine de demain».
 

Walid Bouchakour
 
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