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Mostaganem. Rencontre sur la peinture

La formation, ça paie

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le 19.05.18 | 12h00 Réagissez

A environ 350 km du Printemps des arts, qui avait lieu au palais de la culture Moufdi-Zakaria d’Alger (5 au 12 mai derniers), une rencontre artistique originale se déroulait du 8 au 12 mai au complexe touristique El Mountazah de Mostaganem.

Y participaient d’illustres peintres algériens, tels Denis Martinez, Ahmed Stambouli, Hachemi Ameur, Karim Sergoua, Moussa Bourdine, Said Debladji, ou encore Mohammed Oulhaci.

Durant toute la manifestation, Arts & Lettres a pris part à ce que l’on peut nommer un avant-projet, dont le but principal est d’aller vers l’ouverture de formations payantes pour les étudiants des arts plastiques, permettant à ces derniers de bénéficier d’une expérience riche et intéressante dirigée par des artistes plasticiens confirmés. «Cette initiative entre dans le cadre du Printemps des Arts que le ministère de la culture a lancé récemment à Alger.

Pour ce premier symposium, nous avons mis un tarif symbolique pour permettre aux jeunes étudiants de bénéficier de cette rencontre avec Denis Martinez. Mais on a l’ambition de promouvoir les formations payantes comme cela se fait d’ailleurs dans les pays voisins, lesquels, en plus sollicitent nos artistes pour animer leurs ateliers», nous explique Hachemi Ameur, artiste-peintre et coorganisateur du symposium de peinture de Mostaganem.

Et d’enchaîner: «J’ai eu l’occasion de constater que nos étudiants en arts plastiques se déplacent en Tunisie, au Maroc et en Italie pour bénéficier de formations trop chères. Alors nous avons décidé, Saïd Debladji et moi, de lancer ce projet qui va dans le même sens que celui du marché de l’art et qui pourrait être bénéfique, autant pour les apprenants que pour le territoire local qui gagnerait une réputation internationale». Notons toutefois que ce premier symposium de peinture de Mostaganem a été entièrement financé par le patron du complexe touristique, Athmane Chafir, qui est un amateur d’art, possédant même au sein de son complexe une galerie d’art, baptisée Mohamed Khadda, en l’honneur de cet enfant de la ville devenu un des artistes émérites de l’Algérie (lire encadré).
Après une première journée de prise de contact et de briefing animée par Denis Martinez, principal encadrant, sur le déroulement de son atelier, les choses sérieuses ont débuté véritablement le jour suivant avec une projection du film documentaire Denis Martinez, un homme en liberté (2014), un long métrage du réalisateur Claude Hirsch, retraçant le parcours artistique du cofondateur du mouvement Aouchem et du Festival Raconte-Arts et initiateur du projet Tractopen à Mostaganem à l’époque de la construction de la nouvelle Ecole régionale des beaux-arts, d’où sont issus la majorités des participants à ce symposium.
Dans l’après-midi, dans un décor printanier au milieu d’un champ d’arbres, débute le premier atelier avec Denis Martinez intitulé «Rencontre et dialogue avec un olivier». Dans cette expérience nouvelle pour les apprenants, il était question de peindre, non pas ce que l’on voit, mais d’après ce que l’on ressent et ce que l’on touche. Une main tâtant un arbre dans les moindres détails et l’autre tenant un crayon interprète les remarques sur une feuille blanche sous forme de signes. «C’est un exercice très difficile, mais je suis très content qu’ils aient accepté de jouer le jeu. Cela a pour objectif de leur faire prendre conscience de l’utilité de leurs autres sens dans un travail artistique», nous a confié Denis Martinez.
Il fallait être présent à ce moment-là pour contempler le beau tableau que formaient ces participants, installés dans des positions inhabituelles, voire théâtrales, attentifs aux chants des oiseaux, aux bruits des feuilles d’arbres, au contact du vent doux, aux lumières chaudes du soleil et au contact de leur main avec le tronc et les branches de l’arbre méditerranéen par excellence. La scène plutôt silencieuse, était ponctuée des bravos lancés de temps à autre par leur encadrant, qui suivait tout d’un œil aiguisé en prodiguant son sourire rassurant. «A l’université, hélas, les étudiants n’ont pas de telles opportunités de côtoyer des grands peintres et s’enrichir de leurs expériences. Nos étudiants manquent sérieusement de rencontres, de débats et de cadre d’apprentissage aussi agréable, comme c’est le cas ici», affirme Saïd Debladji, coorganisateur du symposium. A la fin de cet exercice, les participants ont exposé leurs travaux pour recueillir des avis professionnels sur leurs essais. «C’est le moment-clé de l’exercice où les apprentis vont devoir faire face aux critiques et aux interprétations du public de leurs œuvres, car c’est ce qui compte le plus finalement dans un travail artistique», souligne Martinez. Par la suite, c’était au tour de Karim Sergoua de prendre la relève, avec comme but de pousser l’expérience encore plus loin. «Désormais, chacun d’entre eux va choisir un de ses essais et va l’agrandir pour faire de ce croquis un vrai tableau», explique-t-il. Pendant ce temps, à quelques mètres seulement, Ahmed Stambouli, Hachemi Ameur et Moussa Bourdine réalisent des performances artistiques sous les regards curieux des apprenants. «Je suis très contente d’avoir eu la chance de participer à ce symposium. Cela m’a permis de rencontrer ces grands artistes, de converser avec Martinez, Stambouli et Ameur, qui sont mes idoles. C’est très encourageant pour la suite de ma carrière artistique», témoigne Belkis, jeune étudiante à l’Ecole des beaux-arts de Mostaganem.

Troisième jour. Une autre projection était programmée en guise d’entame, avec la diffusion d’un diaporama avec présentation du livre A peine vécues, témoignant de trois grandes actions expérimentales menées par Denis Martinez avec ses étudiants d’alors, à l’Ecole supérieure des beaux-arts d’Alger, dont Karim Sergoua faisait partie en tant qu’étudiant. «L’engagement n’était pas dans le contenu, mais dans l’acte précédant la mise en œuvre de nos travaux.

Nous avons dessiné des fresques au milieu de nulle part en ayant conscience que jamais personne ne les verra, mais notre satisfaction était dans cet acte d’aller semer la culture dans des endroits extrêmement isolés. Votre participation aujourd’hui à ce symposium n’est pas moins salutaire, car ce qui compte, c’est votre volonté d’apprendre et peu importe le résultat», a expliqué Sergoua aux apprenants en évoquant le souvenir du pipeline pétrolier, à Aïn Amenas, qui fut repeint par Martinez et ses étudiants.

Reprise des workshops au bord de la piscine du complexe. Les apprenants, munis de pinceaux, spatules, peinture acrylique et toiles se mettent au travail sous la direction de Karim Sergoua, pendant que Denis Martinez se joint aux autres artistes pour réaliser un tableau. Dans la soirée de ce troisième et dernier jour du symposium, après la cérémonie de remise d’attestations aux participants, une exposition générale a été installée, mêlant les œuvres des étudiants à celles des artistes confirmés. Les travaux seront par la suite encadrés et installés dans la galerie du complexe touristique, où près de 80 œuvres (tableaux, sculpture et poteries) de Khadda, Issiakhem, Stambouli, Yasser (l’Homme Jaune), Hachemi Ameur et tant d’autres artistes sont exposés.

Pourquoi le directeur du complexe s’investit-il dans les arts plastiques ? Nous lui posons la question. «D’abord parce que je suis un féru d’art. Mais la réelle raison pour laquelle je collectionne ces œuvres, c’est de permettre aux touristes qui viennent séjourner dans notre complexe de découvrir la richesse artistique de notre pays. Il faut encourager les artistes en achetant leurs œuvres, cela a plus de valeur que les tableaux imprimés que l’on achète pour décorer nos maisons», répond Athmane Chafir. Ce dernier a sponsorisé l’intégralité de l’événement en offrant séjour et matériel de peinture aux organisateurs. Ces derniers, se projettent déjà dans l’avenir en préparant la prochaine session qui aura lieu en septembre prochain.
 

Entrepreneur mécène :

Au moment où les investisseurs privés, algériens et  étrangers, sont invités à s’engager dans le secteur culturel, il est nécessaire de mettre en valeur ceux d’entre eux qui le font déjà. Athmane Chafir est le propriétaire du complexe touristique El-Mountazah, aux Sablettes de Mostaganem.

Cet ensemble qu’il a conçu et bâti se compose d’un hôtel de 16 chambres et de 52 bungalows (F2 et F3), ainsi que de deux piscines, d’un restaurant, d’une pizzeria, etc. Dès la conception de son projet, cet investisseur a souhaité l’inscrire dans une démarche de tourisme culturel.

Dans une interview accordée à notre confrère Ouest Info (26 octobre 2016), M. Chafir a déclaré : «Il ne suffit plus de construire des hôtels et restreindre l’activité au seul hébergement ou à la restauration. Le développement se situe aujourd’hui dans d’autres créneaux, à savoir le tourisme culturel, le tourisme religieux, l’organisation de circuits touristiques, l’art, le sport, etc.»

Ces propos ont été tenus lors de l’inauguration de la galerie d’art Mohammed Khadda (1930-1991), né à Mostaganem. Cet événement a réuni autour de la veuve de l’artiste, Nagette Belkaïd Khadda, des universitaires d’Algérie et de l’étranger, ainsi que nombre d’amis du peintre. C’est ce type d’animations culturelles que le directeur du complexe souhaite développer. Et il mérite à ce titre d’être encouragé. A &L

Salim Skander
 
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