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Cinéma : Actualités du septième art algérien

Tout un cinéma !

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le 07.04.18 | 12h00 Réagissez

On a assez dit du cinéma algérien qu’il est moribond, que le public a déserté les salles obscures, que l’âge d’or est loin derrière… pour signaler tout de même quelques actualités qui remuent l’électro-encéphalogramme, supposé plat, du septième art national.

A l’Est du nouveau, avec la troisième édition du Festival du film méditerranéen où pas mois de 17 pays sont représentés. Jusqu’au 27 mars, une soixantaine de films seront projetés dans trois salles : le Théâtre régional Azzedine Medjoubi, la Cinémathèque et le palais de la culture Mohamed Boudiaf).

Onze productions sont en compétition pour décrocher le Annab d’Or. En plus des longs métrages, fictions et documentaires, en course pour le grand prix de leur catégorie, le public pourra profiter de projections d’autres films, notamment les courts métrages et les films de la rubrique Annaba Cinéma.

Parmi les films sélectionnés, on retrouve des productions qui viennent de sortir comme Jusqu’à la fin des temps, de Yasmine Chouikh (nous y reviendrons plus loin) mais aussi des films qui datent de 2016, à l’image de la co-production algéro-portugaise Zeus. Citons également le décapant Sheikh Jackson, de Amr Salama qui, comme son titre l’indique, raconte l’histoire d’un imam fanatique de Michael Jackson ! Dans un tout autre genre Raed Andoni fait rejouer leur détention à d’anciens détenus palestiniens dans son documentaire choc, La chasse aux fantômes.

Des séances spéciales pour la projection de films belges et palestiniens sont d’ailleurs au programme. En effet, le commissariat du festival a choisi d’honorer dignement les 50 ans du cinéma palestinien à travers quelques films cultes de ce pays. La Palestine et la Belgique sont à l’honneur cette année. Les pays d’Elia Suleima et des frères Dardenne profiteront de cycles dédiés à leur cinématographie. La Tunisie voisine sera également à l’honneur avec, en guest star, le réalisateur à la carrière internationale, Ridha Béhi.

Deux ateliers professionnels et trois autres amateurs pour la formation aux métiers cinématographiques  sont animés par Charlie Van Damn, Marc Koninx, Mohamed Salah Affafi, Ahmed Hamel et Bouzid Nadir. Plusieurs conférences-débats suivront les projections dans les trois salles. Un effort notable est également fourni pour tenter de faire vivre la ville au rythme du cinéma. La tâche n’est pas aisée en l’absence d’un réseau de salles en activité et, donc, d’habitudes de consommation du cinéma. Qu’à cela ne tienne, des projections ont lieu dans des quartiers (cinébus), des bibliothèques et même des prisons.

Et, pendant que Annaba déploie ses écrans, d’autres festivals cinématographiques sont en préparation. Programmé du 25 au 31 juillet prochain, le Festival d’Oran du film arabe (FOFA) lance actuellement un appel à participation pour sa onzième édition. Les films (courts et longs métrages, fiction ou documentaire) doivent avoir été produits entre 2017 et 2018. Ils doivent également être inédits en Algérie (sauf pour les films algériens).

Le festival est aussi ouvert aux films de nationalités ou de langues autres que l’arabe, à condition qu’il y ait une partie venant d’un pays arabe dans la production ou la réalisation. Inscriptions sur le site du festival (oranfestival.com) avant le 15 mai.
Evénement indépendant né d’une initiative associative, les Rencontres cinématographiques de Béjaïa sont aujourd’hui un moment incontournable du calendrier culturel algérien.

Pour sa seizième édition (du 3 au 7 juillet), les RCB, organisées par l’association Project ’heurts, lancent aussi leur appel à films. Fiction, documentaire, expérimental, animation, court ou long, les films sont à envoyer à l’adresse suivante : programmationrcb2018@gmail.com avant le 12 juin.

Côté sorties, la semaine passée a connu les premières nationales de deux films notables. Un record, vu le rythme habituel de notre production cinématographique. Yasmine Chouikh a dévoilé son premier long métrage intitulé Jusqu’à la fin des temps, tandis qu’Ahmed Rachedi revient avec un nouveau regard sur la guerre de Libération nationale avec Les sept remparts de la citadelle.

Si Rachedi a longuement exploré ce sujet, depuis L’Aube des damnés à Colonel Lotfi, en passant par son œuvre majeure, L’Opium et le bâton, il ne l’a certainement pas épuisé. Adapté d’un roman de Mohamed Maarfia, Les sept remparts de la citadelle raconte la prise de conscience de l’injustice coloniale à partir de la dépossession des terres ancestrales.

Exproprié, Thebti (Hassan Kechache) se révolte d’abord contre le colon Lucien (Jean-Christophe Rauzy) avant de se rendre compte que son combat est celui de tout un peuple contre la colonisation française. Fidèle à lui-même, Rachedi nous raconte la guerre sur un registre épique (comment la raconter autrement ?) avec scènes de combat et héroïsme.

La particularité est que ce film est dédié aux milliers de héros anonymes qui ont fait cette révolution foncièrement populaire. Changement de registre, d’époque et de sujet, la jeune réalisatrice Yasmine Chouikh mêle symbolisme et critique sociale dans Jusqu’à la fin des temps. L’histoire se déroule dans un cimetière. Joher demande au fossoyeur Ali de préparer ses funérailles.

Si près de la mort, c’est l’amour qui naît entre les deux tourtereaux septuagénaires. Le combat entre la vie et la mort est aussi celui de l’amour contre les traditions rétrogrades. C’est plus généralement la question de la condition de la femme qui est posée en filigrane et tout en allusion. Une œuvre artistiquement ambitieuse qui a été présentée au dernier Festival du film de Dubaï.

La bonne nouvelle est que le film est visible du 26 au 31 mars dans quatre villes : Alger (Atlas et El Mougar), Boumerdès (Issers), Constantine (Ahmed Bey) et Oran (Saâda). En effet, un film n’a d’intérêt que s’il est vu par son public et la question de la distribution et de la diffusion est donc cruciale. Les habitudes de consommation du cinéma sont à revitaliser et des institutions comme la Cinémathèque algérienne ont un premier rôle à jouer.

En outre, on remarque ces derniers mois que des salles reprennent vie avec des diffusions régulières de grosses productions hollywoodiennes. Il serait très malvenu de s’en plaindre. Il appartient aux personnes et institutions qui font notre cinéma de renouer avec ce public et de lui donner goût à un septième art à la sauce algérienne, et à toutes les sauces d’ici et
d’ailleurs. 

Walid Bouchakour
 
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