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Bilan. Festival national du théâtre professionnel

Un grand cru

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le 06.01.18 | 12h00 Réagissez

 
	PIÈCE DE THÉÂTRE "LA RUMEUR"
PIÈCE DE THÉÂTRE "LA RUMEUR"

A l’issue des neuf jours de compétition de la douzième édition du FNTP, clos le 31 décembre 2017, que retenir ? Pour être concret, quelques chiffres.

Sur les 18 théâtres d’Etat devant y participer, trois étaient absents, alors que trois autres ont failli l’être également. Ainsi deux n’ont pu être sauvés du forfait que grâce au dévouement admirable de leurs artistes ayant monté des spectacles avec zéro dinar, tandis que le troisième a parrainé le spectacle d’une association.

Quant aux coopératives théâtrales, également professionnelles, elles n’étaient représentées que par une seule troupe au lieu de deux habituellement, selon une règle non écrite qui fait que le FNTP n’est pas celui du théâtre professionnel mais celui du théâtre d’Etat. La raison en est que le second festival régional, celui de l’est du pays, devant sélectionner la deuxième compagnie à la compétition, n’a pas eu lieu, faute de financement par le ministère de le Culture.

C’est dire qu’on ne peut pleinement adhérer au satisfecit de Azzedine Mihoubi, le ministre en charge du secteur, au regard du succès relatif de cette édition du FNTP. Il s’est basé trop exclusivement sur le fait, par ailleurs avéré, que la réussite artistique n’est pas tributaire de la hauteur du financement. De quelle hauteur d’ailleurs ? Voyons à présent ce qu’il en est au plan qualitatif, soit artistique.

Sur les 17 spectacles en lice, douze d’entre eux méritaient relativement leur sélection au regard du niveau général de la compétition. Sur cette douzaine, deux étaient véritablement de haut niveau dont l’un tutoyant l’innovation : Ma bqat hadra, de Skikda et Kechrouda, de Souk Ahras qui sont des créations.

Cinq autres sont d’excellente facture. Deux d’entre eux peuvent remplir les salles : Intihar ettafika el mayita, du TR El Eulma, d’après Véronika décide de mourir, de Paulo Coelho et La panne, du TR Batna, d’après le roman de Friedrich Dürrenmatt. Et trois autres sont à prétention esthétisante, voire élitiste : El hariss, du TR Sidi Bel Abbès d’après Le gardien, de Harold Pinter ; L’exta, d’après Fin de partie, de Beckett, parrainé par ACT2, une coopérative de Sidi Bel Abbès, et Fin de partie du même Beckett par le TR Saïda dont la représentation est moins bien passée à Alger en raison du trac qui a saisi ses comédiens.

Quatre pièces enfin étaient d’un niveau moyen : Al Achiâ, du TR Oum El Bouaghi, d’après le  Revizor, de Gogol ; Ajoubani, du TR de Tizi Ouzou d’après le Foehn, de Mammeri ; Slalem eddhalma, création du TR Constantine et Une femme avec une ombre brisée, création du TR Annaba. Enfin, il y a l’inclassable spectacle, plutôt de circonstance, retraçant l’épopée du théâtre algérien depuis l’indépendance.

Mais il est toujours intéressant et même nécessaire de disposer de regards extérieurs. Fahd El Kaghat est professeur à la faculté des sciences de Fès. Avec plusieurs essais à son actif sur le théâtre, il a de qui tenir puisqu’il est le fils du défunt Mohamed El Kaghat, écrivain, dramaturge, metteur en scène, réalisateur, producteur et enseignant chercheur. 

Présent au festival dans l’encadrement d’un atelier de critique dramatique, il nous a livré son appréciation: «Des spectacles que j’ai vus, hormis un que j’ai raté et dont on m’a dit grand bien, j’ai relevé dans un certain nombre d’entre eux l’engagement dans de nouvelles expériences au plan de la réalisation et particulièrement au plan visuel avec, entre autre, l’appréciable travail sur les costumes.

Je pense en particulier à Ma bqat hadra qui m’a ravi par la recherche expérimentale développée par Mohamed Charchal alors que ses comédiens m’ont ébloui par leur jeu collectif. L’autre spectacle qui m’a interpellé est Intihar errafika el mayita mis en scène par Faouzi Ben Brahim. J’y ai apprécié la scénographie et l’utilisation de l’espace scénique.

Parfois, la scénographie est statique comme dans Kechrouda. Ce sont alors les comédiens qui ont comblé cette faiblesse. De manière générale, je note que les comédiens ont été éblouissants dans nombre de spectacles. Si j’étais membre du jury, j’aurais soutenu jusqu’à trois prix ex-æquo pour les comédiens en premier et second rôles masculin et féminin.

A côté des spectacles cités, il y en a d’autres qui s’appuient sur une approche classique. Donc, il y a eu de la diversité et elle est intéressante en soi puisqu’elle allie des spectacles expérimentaux qui enfourchent les nouveaux moyens de la représentation et les autres demeurant dans la tradition».

Au final, on peut estimer que la douzième édition a été un grand cru comparée à bien d’autres qui l’ont précédée. D’abord parce que les meilleurs spectacles étaient des projets d’artistes et non le produit d’une commande publique. C’est en sens que Azzedine Mihoubi a raison : l’administration n’a pas et ne pouvait imposer ses choix en mettant sans discernement de l’argent dans l’escarcelle.

De la sorte, la médiocrité qui a régné durant la période d’embellie financière a perdu du terrain, avec les opportunismes qui la sous-tendaient. Ensuite, il y a eu une belle diversité dans les thématiques et les genres, même si la satire, temps durs obligent, a dominé. Par ailleurs, cette édition a montré qu’une nouvelle génération d’artistes a pris la relève de fort belle manière. Sur les 17 spectacles, trois seulement ont été montés par des aînés.

En outre, pour ce qui est des comédiens, la fournée actuelle dépasse en nombre l’ancienne, entre morts et vivants depuis l’indépendance. Aussi, la moitié des spectacles que nous estimons moyens, leur doit beaucoup. Enfin, lors de cette édition, le retour du public au théâtre s’est amorcé.

En effet, celui des festivaliers a été moins nombreux puisque, pour des raisons aussi financières, les troupes rejoignaient leurs bases aussitôt leurs spectacles donnés. Les places disponibles étaient occupées par de véritables spectateurs passés par le guichet. Il semble donc fini le temps des oisifs passés par là et entrés parce que le spectacle était gratuit.

Le public de cette année n’applaudissait pas à la suite de la claque des supporters de la troupe et ne réagissait que lorsqu’il y avait performance sur scène. Vivement la treizième édition pour capitaliser l’acquis !

De nouvelles dispositions ?

Quelques articles du règlement intérieur du festival ont été modifiés, a annoncé le commissaire du FNTP, Mohamed Yiahiaoui, lors de la clôture de cette douzième édition. Ainsi, dès la prochaine rencontre, il appartiendra à une commission de spécialistes de sélectionner les spectacles admis à participer à la compétition.

C’est une règle de base qu’observe tout festival dans le monde en raison de ses choix éditoriaux. Ainsi, il va être mis fin aux participations automatiques des théâtres étatiques.

Cependant, le commissaire n’a pas indiqué la raison exacte de cette décision. Il semble bien que ce choix s’explique par la difficulté à gérer au plan logistique et financier la présence de 20 spectacles, soit 18 des théâtres d’Etat et deux du théâtre indépendant, un nombre appelé à augmenter avec l’ouverture de nouveaux théâtres étatiques dont les travaux de réalisation sont en cours d’achèvement.

Néanmoins, c’est une avancée en faveur de la professionnalisation de la manifestation puisqu’ainsi vont être éliminés les spectacles indignes de figurer dans une sélection de festival.

Mais le FNTP va encore demeurer pour l’essentiel une rencontre du théâtre étatique puisque n’y peuvent participer que deux troupes indépendantes, alors que celles-ci sont parfois qualitativement supérieures à celles de théâtres institutionnels.

D’où la nécessité d’ouvrir la compétition à tous les candidats potentiels.
Une autre voie est à explorer, l’encouragement de la coproduction entre les deux secteurs pour mutualiser les moyens (artistiques, matériels et financiers).

Un autre critère de sélection a été ajouté avec la priorité accordée dans la sélection aux spectacles montés à partir d’œuvres algériennes. Ne faudrait-il pas nuancer cette primauté et en faire une recommandation seulement ? On risque sinon de nous couper du répertoire universel, dont le théâtre arabe et africain, ce qu’aucun théâtre national sain n’a envisagé dans le monde.

Bien que quelques créations aient été accusées, à juste raison, de relever d’un théâtre d’exportation en direction des pays du Golfe et non au profit du public algérien, il ne convient pas de «fermer le jeu» et d’orienter les choix.

Pour encourager l’adaptation d’œuvres algériennes, un prix spécial peut être créé et venir s’ajouter au palmarès au lieu de légiférer sur l’inspiration.
Autre critère ajouté : il ne sera pas permis aux metteurs en scène, auteurs de textes, scénographes et aux auteurs de musiques de figurer à l’affiche de plus d’un spectacle en compétition.

Ce critère est plutôt contestable en introduisant un numérus clausus égalitariste en faveur des moins créatifs des professionnels.

Enfin, la dernière décision est à applaudir puisque les spectacles admis à participer en hors compétition seront les grands prix des festivals de théâtre en tamazight de Batna, du théâtre comique de Médéa, du théâtre de marionnettes de Témouchent, du théâtre pour enfants de Khenchela et du théâtre amateur de Mostaganem.  M. K.

Mohamed Kali
 
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