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Une culture autre

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le 12.05.18 | 12h00 Réagissez


Jusqu’à présent, comme sur toute la planète, les critiques d’une œuvre – positives ou négatives, fondées ou infondées, sincères ou pas – s’élaboraient logiquement après achèvement de l’œuvre. Mais désormais, comme si nous manquions encore d’aberrations, les œuvres sont critiquées avant même qu’elles ne naissent !

C’est la réflexion à laquelle m’a mené le point de vue d’un citoyen, écrivant en qualité de fils de chahid, sur le tournage du film Héliopolis de Djaffar Gacem (El Watan du 06/05/18). Dans un discours emphatique, il transforme ce projet artistique en «action entreprise par le cinéaste visant à délocaliser l’histoire de l’insurrection du 8 Mai 1945».

Rien que ça ! Et tout ça parce que quelques scènes ont été tournées à El Mellah, près de Aïn Témouchent, où d’ailleurs quelques individus ont décroché le drapeau français, accessoire de décor. Il est vrai que pour reconstituer une scène coloniale, un tel emblème serait aussi déplacé qu’une soucoupe volante dans un film de science-fiction !

Ce citoyen donc, que je veux croire porté par la passion, apostrophe le cinéaste sur ses lieux du tournage : «Pour vos séquences, Monsieur le réalisateur, vous ne pourrez pas prendre à témoin une nature autre que celle qui garde dans ses entrailles le sang et les cendres des ossements de nos martyrs». Ignore-t-il qu’un tournage n’est pas une cérémonie sacrée, même quand son sujet peut l’être ? A-t-il vu par exemple Le Message (1976) de Mustapha Akkad, sur la naissance de l’islam, tourné essentiellement en Libye, qui n’est pourtant pas le lieu de la Révélation ? Ignore-t-il la différence entre un film de fiction et un documentaire ? Z (1969), de Costa-Gavras, qui entre dans la première catégorie, se passe en Grèce, mais a été tourné à Alger.

Et, s’agissant du 8 Mai 1945, sait il que Hors-la-loi (2010), de Rachid Bouchareb, débutant par la manifestation de Sétif, a vu ses scènes tournées dans des studios tunisiens ? Comme le film attendu de Bachir Derraïs sur Larbi Ben M’hidi.

Je n’ai jamais rencontré Djamel Gacem. Mais je sais qu’il est professionnel et n’ai aucune raison (ni le droit d’ailleurs) de douter de son patriotisme. Je constate cependant qu’il a choisi de passer au grand écran avec un film dénonçant les massacres du 8 Mai 45 (le premier qui leur sera entièrement consacré) au lieu d’une comédie, genre où il prospère, avec des séries télé aux énormes succès.

Enfin, le plus choquant, cette expression malheureuse : «une nature autre». Ce ne sont pas, à ma connaissance, des parcelles locales que les martyrs ont arrosées de leur sang, mais bien toute la terre d’Algérie, aussi indivise que leur sacrifice. Il faut assurément honorer leur mémoire, mais surtout dans les actes, en contribuant, par exemple, à ce que le pays dispose enfin de studios, comme ses voisins, et en laissant nos créateurs créer librement et tranquillement, ce pourquoi aussi tant d’Algériens et d’Algériennes ont péri.
 

Ameziane Ferhani
 
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