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La nouvelle orientation de la recherche scientifique

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le 17.05.17 | 12h00 Réagissez

La nouvelle orientation de la recherche scientifique

Plus d’une année après l’adoption de la loi (n°15-21) d’orientation sur la recherche scientifique et le développement technologique -adoptée en décembre 2015-, le secteur est entré en phase d’exécution, c’est-à-dire en préparation des décrets nécessaires pour les mécanismes de la recherche, informe le directeur général de la recherche scientifique et du développement technologique (DGRSDT) Abdelhafid Aourag.

Plus qu’un énième texte réglementaire, l’importance de cette troisième loi sur la recherche scientifique (RS) est dans sa nature même. A la différence de ses deux précédentes, que sont des lois-programmes, cette dernière peut être qualifiée de «nouvelle Constitution», la loi mère du secteur, car elle pose les jalons de la recherche sans limitation de temps.

Dans un secteur qui a longtemps souffert d’une instabilité chronique due à plusieurs étapes de constructions-destructions, déstructurations, dissolutions d’organes, irrégularité des lois programmes, révision des stratégies…ce nouveau texte est venu établir les bases élémentaires, avec un penchant accentué vers la recherche en entreprise, en se démarquant de la programmation des projets qui devra se faire à un rythme annuel ou pluriannuel par les conseils du gouvernement. «Cette troisième loi est faite pour réorganiser le paysage de la recherche. Elle est durable dans le temps», explique Abdelhafid Aourag.

S’agissant de la forte tendance à l’encouragement de la recherche en entreprise, la loi n°15-21 promeut la création des unités de recherche dans les entreprises, le statut du chercheur en entreprise, la possibilité de  mise en place d’équipes mixtes entre les mondes de l’entreprise et celui universitaire, ainsi que l’encouragement des thèses en industrie (qui répondent à un besoin de l’entreprise).  

Le DGRSDT fait valoir également la volonté de booster l’innovation, ce processus qui naît de l’esprit de créativité de chacun, mais que le directeur de la recherche souhaite ajuster à son secteur. «On utilise la notion de start-up à tort et à travers. La start-up, c’est créer une entreprise à partir d’une idée émise par un étudiant ou un diplômé.

Encourager ces entreprises est du ressort du ministère de l’Industrie. La direction de la recherche scientifique a un rôle à jouer dans la création de spin-off, qui est une entreprise qui se construit autour d’un produit de la recherche et la nouvelle loi prend en charge la distinction», précise A. Aourag.

Ainsi, désormais la direction de la recherche scientifique n’accompagnera que les projets innovants présentés par des chercheurs attitrés. Car, la spin-off coûte moins cher en termes d’investissement puisque des économies seront faites sur le temps d’incubation (3ans pour la start-up), la prise en charge du créateur du projet et son accompagnement…Pour ce faire, la nouvelle réglementation permet dans ce cas la double fonction du chercheur. Il pourra ainsi garder son statut et être en même temps chef d’entreprise sans perdre ses privilèges. Et afin de booster également cette formule, deux concepts sont proposées :

Cette loi définit un cadre encourageant qui permet à un chercheur de créer ou de participer à la création d’entreprises. «Il y a la possibilité, par exemple, de mettre un chercheur en détachement pendant trois ans dans un incubateur pour créer son entreprise. Cette loi va lui permettre de se détacher de l’université, de ne plus enseigner et de créer cette entreprise dans le domaine des technologies avancées. Sans prise de risques», explique le DG. L’autre formule est la filialisation. «Là, ce n’est plus le chercheur, mais son entreprise, son université ou son centre de recherche qui porte le projet. C’est la filialisation ou la création de filiales commerciales», poursuit-il en se félicitant du succès de cinq filiales opérant actuellement au niveau des universités.

Cette année, la filialisation présente en fond propre, un chiffre d’affaire de 1,5 milliard de dinars. « Cela représente le tiers des 4,6 milliards de dinars du fonds de fonctionnement de la direction. Et là, on ne parle que de 4 ou 5 filiales commerciales actives», s’en félicite M. Aourag, qui se fixe comme objectif d’atteindre 10 milliards de dinars à l’horizon 2025.
 

Les filières porteuses

S’agissant des filiales commerciales qui ont fait du chiffre, le directeur de la recherche cite l’Ecole Polytechnique d’Oran. La CSC Expertise, du centre de recherche en technologie industrielle (CRTI), qui emploiE quelque 200 personnes sur le territoire national. La filiale a introduit deux nouvelles techniques, à savoir le contrôle de l’état des soudures des canalisations (oléoducs, gazoducs…) par la technique des ondes guidées, et le système endoscopique opéré par des robots.

Cette dernière technique émergente aux Etats-Unis a été rendue possible grâce à la collaboration de chercheurs algériens travaillant aux Etats-Unis. La troisième filiale citée est le Centre de développement des énergies renouvelables, qui a signé des partenariats avec les ministères de la Défense nationale, de la gendarmerie, de la DGSN et de Sonatrach.

«Les panneaux solaires au niveau des stations de carburants sur l’autoroute Est-Ouest, les postes de Gendarmerie nationale, les casernes dans le Sud, ou pour le développent rural à travers les pompes solaires pour l’irrigation, sont autant de projets menés par le CDER», informe-t-il. Par ailleurs, le DGRSDT révèle que pour les besoins de création de bases aéroportées dans le Sud, l’armée aurait également sollicité l’aide du centre pour l’éclairage des pistes.

Le directeur citera également le Centre de recherche scientifique et technique en analyse physico-chimique (Crapc), le Centre de recherche en biotechnologie de Constantine (CRBT) et le Centre de développement des technologies avancées (CDTA). D’ailleurs la filiale commerciale de ce dernier a été racheté par Algérie-Télécom «grâce aux bons résultats enregistrés », explique M. Aourag. D’autre part, le responsable informe que le projet de réalisation d’une gare intelligente est né d’une discussion menée avec le DG de la Société nationale des chemins de fer (SNTF) et que ce projet verra le jour au niveau d’une nouvelle gare installée à Bordj Bou Arréridj.

Fort de ces constats, le directeur général de la recherche scientifique appelle les acteurs des secteurs socio-économiques à faire confiance aux efforts des chercheurs et à s’impliquer dans cette dynamique de travail, en collaboration. «Il faut que les secteurs socio-économiques présentent leurs besoins aux chercheurs. Au moins qu’ils se rapprochent des filiales commerciales», encourage-t-il, en recommandant comme mesure incitative, à l’Etat, de demander aux entreprises de présenter des avis d’appels d’offres nationaux pour les études avant de lancer des appels d’offres internationaux s’ils ne sont pas concluants. Soit une sorte de préférence nationale dans le domaine.

«Que cela soit pour la réalisation du Métro d’Alger ou de l’autoroute Est-Ouest, les entreprises internationales engagées ont toutes fait appel aux chercheurs, entre autres, les géologues algériens. Alors, pourquoi ne pas faire confiance à ces chercheurs au départ ?», s’interroge-t-il.

L’Anvredet dissoute

Dans la foulée des décisions prises pour encourager l’innovation et la valorisation réelle des produits de la RS, l’Agence nationale de valorisation des résultats de la recherche et du développement technologique va être dissoute. «L’Anvredet accompagne le chercheur, et pas uniquement le chercheur, d’ailleurs, tout au long de son projet. Mais elle ne peut pas aller jusqu’à la création d’entreprises, car elle n’a pas de fonds d’amorçage. Donc, elle ne peut basculer vers la création d’entreprises», explique le DG. Selon ce dernier, s’inspirant des Bpifrance, en France, qui est un consortium de banques dédié à la création d’entreprises, la direction de la recherche scientifique compte confier cette tâche à des agences thématiques de recherche consacrées à la création de spin-off.
 

25% des laboratoires dissous

Près d’une dizaine d’années après la promulgation de la seconde loi-programme quinquennale 2008-2012, la direction de la recherche scientifique a finalisé le travail d’évaluation des structures mises en place. «On devait réaliser 1 000 laboratoires de recherche. La DGRSDT a été comptable de ce chiffre, elle devait rendre des comptes sur ces réalisations. On a quantifié la recherche par le nombre et non pas par la fin», explique Aourag.

Pour faire face à cette décision, la direction a dû donner la possibilité à chaque chercheur qui remplissait les conditions de créer son laboratoire. «25% des laboratoires vont être dissous pour insuffisance de résultats», rappelle-t-il, en révélant que la moitié de ces structures à fermer sont issues des domaines des sciences humaines et sociales.

«Aujourd’hui, nous avons changé le statut des laboratoires de recherche», informe-t-il. Désormais, le secteur de la recherche comptera deux types de laboratoires. Le premier, dit «à rayonnement local» travaillera dans le cadre de projets d’établissements et de l’université. Il jouera un rôle important dans le système académique.

Le second type de labos aura un rayonnement national et international. Ces laboratoires d’excellence seront la cible des stratégies nationales de développement technologique. «Il y aura un laboratoire de référence dans chaque domaine, à l’échelle nationale. Ce sera à l’image des laboratoires associés CNRS en France, ou The National Laboratories aux Etats-Unis. Ces structures bénéficieront des meilleures compétences, moyens et équipements.

Et ils seront associés dans les prises de décisions et les stratégies nationales de développement», informe A. Aourag. Aux 75% des laboratoires qui sont maintenus de se prêter donc au jeu de la concurrence, en répondant au canevas puis aux auditions, qui leur permettront d’accéder au statut de laboratoire de référence. «Il y aura une trentaine ou une quarantaine de laboratoires nationaux sur lesquels nous allons miser pour les stratégies et les programmes structuraux», poursuit le responsable.

Bureaucratie

Vendue de cette manière, la nouvelle loi d’orientation sur la recherche scientifique fleure bon pour le devenir du secteur. Seulement, les mauvaises habitudes administratives peuvent décourager les plus téméraires. D’ailleurs, le directeur général de la recherche a lui-même dénoncé une «bureaucratisation handicapante» pour l’essor de la recherche. «L’Etat a fait un effort considérable dans le secteur. Nous sommes la seule institution publique dont le contrôle des dépenses se fait a posteriori. La lenteur se fait au niveau de la structuration administrative des universités. Dans certaines, cela fonctionne bien, mais dans d’autres, il y a des ronds-de-cuir qui posent problème. Il faut dire aussi que certains responsables de laboratoires ne sont pas à la hauteur de la responsabilité. Il y a eu des dépassements», explique-t-il.
 

Le projet qui va sauver la planète

Malgré une réglementation handicapante et un environnement peu incitatif, la recherche en Algérie a réussi quand même à présenter des résultats palpables. Le directeur général de la recherche scientifique donne quelques exemples de réussite, qui, sans cacher une forêt sombre, donnent des lueurs d’espoir.

Environnement. Le premier projet révélé fera l’objet de création de la première spin-off algérienne née d’un produit de recherche de l’université de Tlemcen. Au départ, le chercheur, dont le DGRSDT ne veut pas révéler le nom -en attendant l’ouverture du Salon national de la recherche scientifique qui se déroulera du 18 au 23 mai courant au palais des expositions- allait vendre son produit aux Etats-Unis.

Ce chercheur, qui serait titulaire d’une dizaine de brevets aux USA, aurait réalisé l’impensable, selon M Aourag. «Il a réalisé une réaction chimique qu’on pensait impossible», affirme-t-il. Il s’agirait d’un produit qui touche à l’environnement et qui va «transformer ce monde de déchets en monde de verdure. C’est réellement sauver la planète quand on connaît les dégâts causés par ces déchets et leurs effets, y compris sur la couche d’ozone», poursuit le responsable.

Kits de diagnostic. Aujourd’hui, l’Algérie peut produire des kits de diagnostics qui étaient importés. Ces équipements qui servent à détecter les maladies, la pollution ou la dépollution sont très utilisés d’abord par les universitaires. «Un kit antioxydant importé, par exemple, revient à 1000 euros. Nous on le réalise à 250 DA. Nous allons commencer par inonder notre secteur très friand en ce genre d’équipements pour les travaux pratiques des étudiants en sciences de la nature, ensuite on commencera à le commercialiser. Il faut savoir que le budget alloué par l’Etat pour ce genre d’équipements est de 30 milliards de dinars ».

Vitro-plants. Le DG de la recherche assure que la technique de production de cultivar et de vitro-plant est complètement maîtrisée, pour certains produits à l’instar des fraises, de la pomme de terres et autres. «D’ailleurs, des agriculteurs prennent souvent attache avec le CRDT pour les aider dans leurs cultures», s’en félicite-t-il. Cette technique est une phase importante pour atteindre la sécurité alimentaire.
OGM. L’Algérie serait le premier pays en Afrique à avoir un laboratoire dédié à la détection des OGM.

Energies renouvelables : la recherche a permis d’atteindre un niveau important en termes de maîtrise de l’hydrogène, qui est un vecteur énergétique important. «Nous avons monté des produits à base d’hydrogène».

Santé. Une molécule testée sur des rats pourrait permettre la régénération de cellules endommagées. Mené depuis six ans, le projet pourrait être un produit miracle contre des maladies comme le diabète. «Nous avons testé cette molécule sur des rats. On détruit sa rate on injecte la molécule et la rate est reconstituée», assure le DGSRDT. Par ailleurs, ce dernier assure que des chercheurs ont trouvé des antibiotiques (bloc busters) qui peuvent générer plus de 25 milliards de dollars. «Seulement la législation algérienne ne permet pas de faire le protocole sur des malades. Nous sommes freinés par cette étape», déplore-t-il.

Banque de cellules souches. Avec le professeur Senhadji, le CRBT de Constantine est en train d’introduire la régénération des organes à travers surtout la constitution d’une banque de données à partir des cellules souches contenues dans le cordon ombilical. Une unité est en phase de montage pour cela et afin de permettre également la réalisation de chimères qui limitent le rejet d’organes implantés.

Samir Azzoug
 
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