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Immigration et Islam

Les catholiques plutôt ouverts à l’accueil

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le 12.06.18 | 12h00 Réagissez

 
	l L’espace politique est squatté par les thèmes relatifs à l’altérité, avec désormais l’épineuse question des réfugiés l Qu’en pensent les catholiques, majorité religieuse du pays ? Une étude permet de décoder le sentiment général.
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Lyon

De notre correspondant

La perception de l’islam et de l’immigration chez les catholiques varie selon les appartenances philosophico- sociales des fidèles. Elle est cependant globalement humaniste. Une récente enquête réalisée par l’IFOP à la demande de plusieurs associations proches de l’Eglise catholique l’indique.

Ces associations font partie de celles qui vivent au jour le jour les difficultés des refugiés en quête d’une terre d’accueil, mais aussi des immigrés installés en France. Il s’agit du Secours catholique - Caritas France, du Comité catholique contre la faim et pour le développement - Terre Solidaire, le Service national de la pastorale des migrants et des personnes itinérantes (Conférence des évêques de France) et de JRS France - Service jésuite des réfugiés.

Alors que les crispations s’affirment sur la question des migrations, l’Eglise catholique et les associations satellites de la première religion du pays ont tenté de cerner l’opinion des croyants qui représentent plus de la moitié de la population française, parmi lesquels une moitié de pratiquants. Il fallait comprendre de quelle façon se répercutent chez les croyants les appels très humanistes du pape François et des évêques de France. L’étude très fouillée le permet.

Quatre familles de pensée

L’étude définit ainsi quatre catégories de catholiques. D’abord les «multiculturalistes», qui considèrent que «les migrants font des efforts pour s’intégrer», qu’ils «enrichissent l’identité de la France (qui) ne doit pas s’arc-bouter sur ses racines chrétiennes. La France  a le devoir de les accueillir et de respecter leurs droits. Le pape a raison en appelant à l’accueil».

La deuxième famille catholique est celle des «sécularisés», pour qui  «l’islam n’est pas incompatible avec la société française, mais ils ne veulent pas en entendre parler chez eux». La troisième catégorie est constituée des «libéraux», qui estiment que «la France va dans le bon sens, la mondialisation l’a enrichie.

La France ne serait pas ce qu’elle est sans immigration. Les migrants font des efforts pour s’intégrer, notamment par le travail». Une réserve cependant sur l’islam : même si l’islam «n’est pas un problème, les migrants musulmans doivent se faire discrets». Enfin, pour eux, «l’identité catholique est un héritage humaniste, une affaire d’éducation et de liberté individuelle».

Le dernier groupe est celui qui s’assimile politiquement à l’extrême droite, les «nationalistes». Ce sont les plus durs et les moins conciliants : «La situation de la France s’est dégradée, elle doit se protéger du reste du monde. La France est submergée d’immigrés, il faut fermer totalement les frontières. Il n’y a pas de France sans chrétienté, mais les chrétiens sont en voie de disparition. Il faut réaffirmer l’identité chrétienne de la France.»

Ces quatre groupes se partagent, à parts presque égales, l’échiquier social dont on peut tirer comme idée générale que «45% de l’échantillon témoignent d’une forte ouverture à l’altérité, quand deux autres groupes qui pèsent pour un tiers du panel» manifestent des valeurs plus fermées. Le titre de l’étude est «Perceptions et attitude des catholiques de France vis-à-vis des migrants».

Ce qu’on y apprend relativise cependant la frilosité, voire la hargne de certains partis politiques, qui visent dans leurs discours l’immigration et l’islam, comme encore récemment le président du parti Les Républicains, Laurent Wauqiez, qui a signé un tract «Pour que la France reste la France», suscitant diverses réactions houleuses au sein même de sa mouvance.

Ainsi, le rapport des associations catholiques indique que «les catholiques ont beau avoir des perceptions divergentes des migrants, ils sont une majorité à soutenir des positions modérées sur les politiques migratoires. Ainsi en est-il des frontières : 61% d’entre eux refusent qu’elles soient totalement fermées aux migrants».

«S’intégrer dans la société relève de l’acte militant, voire de l’acte de foi»

Plus clair encore, lorsqu’on demande s’il faut une «intégration des migrants par le travail, et notamment par la reconnaissance de leurs compétences et de leurs diplômes», 71% des catholiques approuvent cette proposition, majoritaire dans tous les groupes, excepté celui des catholiques nationalistes. Elle est certes soutenue avec nuance : les catholiques sont enclins à se dire «plutôt d’accord» avec cette mesure que «tout à fait d’accord».

Pourtant, note le rédacteur de l’étude, «le fait que les attitudes favorables à l’accueil soient majoritaires et que l’engagement soit élevé doit cependant être tempéré par le degré de pessimisme dont font preuve les catholiques : si l’accueil des migrants est justifié, si leur intégration est souhaitable et possible, rien ne garantit son succès.

En la matière, les catholiques sont à convaincre : une majorité d’entre eux pensent qu’ils n’y parviendront pas. Parmi les groupes, seuls les multiculturalistes sont majoritairement convaincus du contraire, et ce soutien décroît à mesure qu’on change de groupe. Soutenir l’idée que la plupart des migrants qui viennent en France réussiront à s’intégrer dans la société relève de l’acte militant, voire de l’acte de foi».

De la conclusion d’une étude  de 70 pages, on méditera sur ce passage : «On en oublie ce qui affleure parmi les catholiques : une ambivalence entre l’hospitalité due à l’étranger et l’inquiétude face à son étrangeté. Ce tiraillement atteint son paroxysme chez les catholiques en insécurité culturelle, premier groupe parmi les pratiquants.

Mais il n’est pas absent parmi les autres groupes. Il existe à des degrés divers. Il est nourri, pour une part d’entre eux, par la crainte de disparaître dans une société sécularisée et multiconfessionnelle, où il faut se réinventer une place. Il est renforcé, pour d’autres, par les incertitudes nées de la globalisation, qui entretiennent un sentiment grandissant d’impuissance publique et de déprise sur la marche du monde. Les fractures qu’on prête aux catholiques sont d’abord de l’ordre des divergences multiples».

Walid Mebarek
 
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