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Avec le décès de Gilbert Meynier

Perte d’un historien réconciliateur

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le 19.12.17 | 12h00 Réagissez

L’éminent historien français, Gilbert Meynier, s’est éteint à Lyon, le 13 décembre, à l’âge de 75 ans, laissant en héritage un travail inestimable sur l’histoire de l’Algérie et de la guerre de Libération nationale, dont il était l’un des plus grands spécialistes. Ainsi, la France a perdu un vrai républicain, l’Algérie un ami fidèle et les deux ensemble un grand historien réconciliateur de mémoires.

De par sa spécialisation dans l’histoire de l’Algérie depuis l’Antiquité jusqu’à l’indépendance et au-delà, Gilbert Meynier avait une relation privilégiée avec le peuple algérien qu’il avait bien connu durant un long séjour d’enseignant coopérant après l’indépendance.

Il s’était installé à Constantine pendant plusieurs années afin de donner un coup de main au jeune Etat algérien qui lança un long processus d’alphabétisation et de nationalisation de l’éducation nationale. Selon le militant anticolonialiste, Henri Pouillot, cette expérience aurait été à l’origine de sa «profonde amitié avec le peuple algérien et lui avait permis de s’imprégner profondément de la sociologie du pays et des ‘‘effets’’ de la colonisation».

C’est à cette occasion qu’il avait pris le temps d’apprendre l’arabe et à le perfectionner. En 1984, il décrocha un diplôme d’études universitaires générales (DEUG) en langue arabe à l’université de Nancy. Ce qui avait fait de lui l’un des rares historiens français parfaitement bilingues français-arabe. Cela avait été décisif dans sa carrière et l’avait rapproché plus de l’Algérie à qui il consacrera toute son œuvre, riche d’une quinzaine d’ouvrages.

«Je l’ai croisé il y a presque un mois. Il est venu de Lyon à Paris spécialement pour assister à une table ronde tenue à la mairie de Paris autour d’un état des lieux du système éducatif algérien. Il avait avec lui son dernier ouvrage L’Algérie et la France : deux siècles d’histoire croisée, qu’il m’avait dédicacé en arabe. Tout Meynier est là, il ne manquait aucune occasion d’être là où on parlait de l’Algérie. L’Algérie et la relation franco-algérienne étaient au centre de ses principaux engagements, bien qu’il militât pour d’autres causes avec son épouse Pierrette qu’il venait de perdre (début novembre, ndlr)», témoigne le sociologue algérien Aïssa Kadri.
 

Partisan d’une «histoire connectée»

Le combat anticolonial avait notamment marqué sa jeunesse, lui qui avait grandi dans l’incompréhension de l’utilité des guerres coloniales que menait son pays, particulièrement en Algérie. Abondant dans ce sens, Pouillot explique : «Nous avions été très marqués dans notre jeunesse par cette guerre de Libération de l’Algérie. Nous nous étions rencontrés à de nombreuses reprises, depuis les années 2000. Il m’avait vivement encouragé dans mon combat pour la reconnaissance des crimes (contre l’humanité, de guerre, d’Etat...) commis au nom de la France.» Il avait, par exemple, fait partie des 171 personnalités qui avaient signé l’appel du 24 mars 2014 : Pour la Vérité sur le crime d’Etat que fut la mort de Maurice Audin en 1957 et sur les violations massives des droits de l’homme par l’armée française durant la guerre d’Algérie.

Quelques années auparavant, au lendemain de la polémique suscitée par la loi du 23 février 2005, louant les «effets positifs» de la colonisation, il avait cosigné avec Hocine Aït Ahmed et Abdelhamid Mehri, mais aussi avec d’autres intellectuels, tels que les historiens Mohammed Harbi et Benjamin Stora, ainsi que le sociologue Edgar Morin, un appel à la raison intitulé «France-Algérie, dépassons le contentieux historique», publié par Le Monde du 30 novembre 2007.

D’après le professeur Kadri, toutes les positions de Meynier prouvent «son souci de sortir les relations franco-algériennes de la guerre des mémoires et d’écrire une histoire à ‘‘deux voix conciliées’’ de la guerre d’Algérie, en prenant en compte les interactions existant entre la société française et la société algérienne dans le cadre non pas d’une guerre des mémoires mais ‘‘d’une histoire connectée’’». C’est effectivement la réflexion qu’il avait essayé de développer et de défendre dans le livre-manifeste Pour une histoire franco-algérienne. En finir avec les pressions officielles et les lobbies de mémoire, publié en 2008 en codirection avec Frédéric Abécassis.
Malgré son engagement anticolonial, Gilbert Meynier savait mettre des frontières claires et maintenir une distance critique entre son militantisme et son écriture de l’histoire.

Si certains de ses confrères le qualifiaient d’ «historien d’inspiration marxiste», vu son anticolonialisme radical, et tout en reconnaissant qu’il pouvait parfois se tromper, il se revendiquait lui-même plutôt d’une conception «positiviste» de l’histoire, celle qui restitue et privilégie les faits, mais exprime un point de vue de l’anticolonialisme et des idées de liberté et de démocratie.

Sur ce point, Aïssa Kadri, qui a participé et dirigé plusieurs travaux d’histoire sur l’Algérie et la guerre de Libération nationale, affirme que l’œuvre de Meynier est exceptionnelle, car basée sur une «double méthodologie de macro-histoire comme dans L’Algérie révélée et de micro-histoire comme dans Histoire intérieure du FLN. L’un va aux racines de la guerre, aux causes du conflit à travers une analyse au fond du contexte de la Première Guerre mondiale et de ses effets sur les colonies, et l’autre en partant des racines de la résistance anticoloniale, produite dans le détail ethnographique, une monographie qui va au-delà d’une restitution de la construction historique du FLN, de son implication et de sa conduite des luttes, vers une analyse des déterminants, des trajectoires, de la sociologie des acteurs, et du jeu des principaux protagonistes dans leurs inter-relations en contexte local, national et international».
 

Ghezlaoui Samir
 
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