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Avec ou sans foulard, elles sont toutes confrontées à une tension quotidienne

Quand les agressions verbales sont banalisées

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le 17.05.18 | 12h00 Réagissez

Les femmes, indépendamment de leur âge et de leur statut, subissent constamment des violences dans la rue. Ces dernières varient entre des agressions verbales, la forme la plus fréquente, et la violence physique qui touche généralement celles qui tentent de se défendre. Des formes de violence qui restent très difficiles à décortiquer, encore moins à dénoncer lorsque celle-ci est difficile à prouver.

Nadjiba, élégante maman de deux enfants, sera irrémédiablement marquée par une agression dans son quartier ayant eu lieu à son retour du travail.

«Un homme m’a abordée, comme je ne lui ai pas répondu, il me tient violemment par la main, je me suis retournée pour protester, et c’est là que je l’ai reconnu : un voisin nouvellement installé dans le quartier», relate Nadjiba, toujours sous le choc.

Cette dame avoue que depuis cet incident, elle ne sort qu’en voiture et lorsqu’elle se trouve dans l’obligation de sortir le soir, elle porte la abaya.

«Je suis tellement choquée par les comportements, y compris venant de certaines femmes qui me regardent de travers parce que je ne porte pas le hidjab. Quant aux hommes, ceux-ci commencent par une forme de drague, lorsque je conteste cette attitude, on me fait signifier que c’est moi la fautive», déplore-t-elle.

Cette dame, qui ne cache pas sa détresse, avoue que ces remarques récurrentes commencent à avoir un effet négatif sur son état psychologique. «Parfois je culpabilise, surtout lorsque je passe dans la rue et entends des commentaires du genre "essatri rouhak, (porte une tenue correcte)" comme si je ne portais pas de vêtements», estime Nadjiba.

A peine installée dans son nouveau quartier (la cité AADL des Bananiers, à l’est d’Alger), Amina est désenchantée par les attitudes de son voisin. «Ne monte pas avec moi !», lui a signifié sèchement un barbu portant un kamis, alors qu’elle s’apprêtait à s’introduire dans l’ascenseur d’une capacité de 6 personnes. «Je suis sûre que sa réaction était par rapport à ma tenue vestimentaire, car cet homme ne s’est pas gêné pour discuter avec la femme de ménage qui porte le hidjab», estime Amina, qui n’a pas tout de même cédé aux remarques désobligeantes de son voisin.

«Ce ne sont pas ces remarques qui vont me faire revenir sur mes convictions. Mais pour les femmes qui sont plus ou moins sensibles, croyez-moi, elles vont être affectées facilement. C’est le cas de ma voisine, qui a opté pour le port du foulard rien que pour éviter ces regards méprisants», témoigne Amina, mère de deux enfants.

Et de poursuivre : «Tout ce que je fais actuellement, c' est de protéger coûte que coûte mes enfants de cette tendance qui tend à se généraliser dans notre localité. Lorsque j’aurai les moyens, je les ferai éloigner le maximum possible de ce milieu (celui des islamistes ndlr)».

A l’est comme à l’ouest de la capitale, la tendance est la même. Les agressions verbales sont fréquentes. Il y a même des personnes qui distribuent des tracts liés au port de hidjab à l’approche du mois sacré du Ramadhan.

Mais la religion est-elle réellement le seul motif pour la multiplication des formes de violence à l’égard des femmes ? Des femmes portant le hidjab parlent également d’agressions dont elles ont fait objet. «Cela ne fait pas longtemps, un jeune adolescent me poursuivait. Même lorsque je me retourne vers lui en lui disant que j’ai presque l’âge de sa mère, cela ne l'a pas repoussé», témoigne Naïma, qui porte le voile.

Cette fonctionnaire d’une entreprise privée est catégorique : le phénomène de la violence touche pratiquement toutes les femmes, y compris les femmes enceintes. «Le voile ne met en aucun cas la femme à l’abri de ces remarques, qui vont dans certains cas vont jusqu’aux insultes et aux obscénités.

Cela relève de l’éducation», explique-t-elle. Si certaines femmes préfèrent circuler en voiture pour éviter tout contact avec ces gens qui les malmènent dans les rues, d’autres avouent que même en voiture, le mauvais traitement réservé aux femmes demeure le même. «Un jeune m’a fait le bras d’honneur car j’ai osé le doubler alors qu’il circulait lentement, et pourtant j’ai bien respecté le code de la route», raconte Farida, une dame dans la quarantaine.

Les femmes au volant subissent de nouvelles formes de non-respect, ou simplement de non- acceptation de la part de la gent masculine, qui commente leur manière de conduire, les embêtent en roulant, ou carrément leur barrent la route lorsqu’elles tentent de doubler.

Certaines ont tout de même trouvé des solutions en fermant les carreaux et en mettant de la musique à fond pour ne rien entendre. Mais cette technique n’est pas sans risques pour leur sécurité, dans la mesure où elles n’entendent même pas les klaxons de ceux qui veulent doubler.
 

Rahmani Djedjiga
 
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